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Jean‑Claude Breu : Mali‑Médicaments poursuit sa lutte contre le péril fécal et les maladies hydriques au Mali

Jean‑Claude Breu, président de Mali‑Médicaments.org, engagé dans la lutte contre le péril fécal et les maladies hydriques au Mali.

VDA : L’association Mali‑Médicaments.org fêtera ses 50 ans le 7 juin 2026. Vous comptez encore des membres fondateurs au conseil d’administration, comme Jean‑Marc, ainsi que des figures historiques telles qu’Olivier, engagé depuis 40 ans, Catherine votre pharmacienne, ou encore Dominique, vice‑président pendant 35 ans. Que représente cette longévité pour l’association ?

Jean‑Pierre Breu :

Atteindre 50 ans d’existence est une étape majeure pour Mali‑Médicaments.org. Le 7 juin 2026 marquera un demi‑siècle d’engagement humanitaire, de solidarité et de fidélité à une mission qui n’a jamais perdu de son sens. Cette longévité est avant tout le reflet d’une force collective exceptionnelle.

Nous avons la chance de compter encore parmi nous des membres fondateurs, dont Jean‑Marc, notre trésorier depuis l’origine. Sa rigueur, sa constance et son sens de la transparence ont accompagné chaque évolution de l’association. Il incarne la mémoire vivante et les valeurs fondatrices qui continuent de nous guider.

À ses côtés, Olivier, engagé depuis 40 ans, est un véritable pilier. Son expérience, sa vision et son attachement au terrain ont profondément façonné notre manière d’agir. Il représente cette génération de bénévoles qui ont donné une part immense de leur vie à l’association.

Catherine, notre pharmacienne, a joué un rôle déterminant, notamment durant les années où nous envoyions des médicaments. Son expertise, son exigence professionnelle et son engagement humain ont permis d’assurer la qualité et la sécurité de nos actions.

Et il ne faut pas oublier Dominique, vice‑président pendant 35 ans. Son rôle a été essentiel dans la structuration de l’association, la gestion des partenariats et la continuité de nos projets. Son investissement sur la durée a contribué à stabiliser et renforcer notre organisation.

Ces parcours exceptionnels expliquent en grande partie pourquoi Mali‑Médicaments.org peut célébrer 50 ans d’existence. Cette continuité humaine est notre plus grande richesse. Elle nous permet de rester fidèles à nos valeurs tout en nous adaptant aux défis d’aujourd’hui et de demain.

VDA : Pendant de nombreuses années, l’association a assuré l’envoi de médicaments et de matériel médical vers le Mali. Comment s’organisait cette logistique, et pourquoi cette action a‑t‑elle cessé ? Comment intervenez‑vous aujourd’hui ?

Jean‑Pierre Breu :

Pendant près de vingt ans, l’envoi de médicaments a été l’un des piliers de notre action. Nous avions mis en place une organisation très rigoureuse : collecte, tri, contrôle, conditionnement, formalités administratives, transport international, puis distribution dans les centres de santé partenaires. Catherine, notre pharmacienne, jouait un rôle central. Rien ne partait sans un contrôle strict de sa part.

L’évolution de la réglementation européenne a cependant bouleversé ce fonctionnement. Avec l’entrée en vigueur, en 2009, de la directive L‑422‑02, l’exportation de médicaments issus de collectes privées est devenue interdite. Par respect pour la loi et pour la sécurité sanitaire, nous avons donc cessé cette activité. Cela a marqué la fin d’une étape importante de notre histoire.

Mais notre engagement n’a pas faibli. Nous avons simplement réorienté nos actions. Aujourd’hui, nous continuons d’envoyer tout ce qui accompagne les soins : matériel de petite intervention, pansements, seringues, béquilles, fauteuils roulants, équipements de confort ou de mobilité… Tout ce qui peut améliorer la prise en charge des patients et soutenir les équipes locales.

Nous avons également développé un volet essentiel de prévention. Depuis 2019, nous organisons des caravanes sanitaires dans les villages. Elles visent à former les jeunes aux règles d’hygiène liées à l’eau, à lutter contre le péril fécal et à réduire les maladies hydriques. Dans de nombreuses zones rurales, une grande partie des pathologies est directement liée à la contamination fécale. En sensibilisant les populations, en particulier les plus jeunes, nous contribuons à diminuer durablement ces risques.

Enfin, nous finançons directement les centres de soins afin qu’ils puissent acheter leurs médicaments sur place. Cette approche est plus durable, conforme aux réglementations, et elle renforce l’économie locale. Elle permet aussi aux soignants maliens de choisir les produits les mieux adaptés à leurs besoins réels.

En résumé, nos méthodes ont évolué, mais notre objectif reste le même : soutenir les structures de santé, renforcer la prévention et améliorer l’accès aux soins pour les populations les plus vulnérables.

VDA : Depuis les changements politiques récents au Mali et l’arrivée des militaires au pouvoir, avez‑vous dû adapter votre organisation ou votre manière de collaborer avec vos partenaires locaux ?

Interview de Jean‑Pierre Breu sur les 50 ans de Mali‑Médicaments.org, son histoire, ses actions et son adaptation au contexte sanitaire au Mali.

Jean‑Pierre Breu :

L’évolution du contexte politique au Mali ne nous a pas conduits à modifier profondément notre organisation, mais elle nous a amenés à renforcer notre vigilance et à ajuster certains aspects pratiques de notre coopération. Notre priorité reste inchangée : travailler en lien direct avec les centres de santé, les équipes locales et les communautés, en dehors de toute considération politique.

Concrètement, nous avons maintenu nos partenariats historiques, car les besoins sanitaires demeurent immenses et les structures locales continuent de fonctionner. Toutefois, nous avons adapté notre mode d’intervention :

  • en renforçant la transparence et la traçabilité de nos actions ;
  • en multipliant les échanges directs avec nos correspondants sur le terrain pour suivre l’évolution de la situation ;
  • en privilégiant des actions qui ne dépendent pas des autorités centrales, comme la prévention, la formation et l’appui matériel.

Nos caravanes sanitaires illustrent parfaitement cette approche. Elles permettent de poursuivre un travail essentiel de sensibilisation à l’hygiène, à la gestion de l’eau, à la lutte contre le péril fécal et à la prévention des maladies hydriques, en collaboration directe avec les villages et les jeunes. Ce sont des actions concrètes, utiles et indépendantes du contexte politique.

En résumé, le cadre a changé, mais notre mission reste intacte : soutenir les populations, renforcer la prévention et accompagner les structures de santé, quelles que soient les circonstances.

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