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L’Afrique au bord d’un choc alimentaire : NK Ezeobele alerte sur l’impact agricole du conflit au Moyen‑Orient

NK Ezeobele alerte sur l’impact du conflit au Moyen‑Orient sur l’agriculture africaine, entre engrais bloqués, hausse des prix et risque de crise alimentaire.

Le conflit au Moyen‑Orient ne se contente plus de bouleverser l’équilibre géopolitique mondial : il frappe désormais au cœur de l’Afrique, menaçant son agriculture et sa sécurité alimentaire. Engrais introuvables, céréales bloquées, coûts énergétiques qui explosent : les fondations de la production agricole vacillent. Dans cet entretien, NK Ezeobele tire la sonnette d’alarme et avertit que le continent s’approche d’un point de rupture si aucune action coordonnée n’est engagée immédiatement.

VDA — Les chocs persistants sur les prix de l’énergie liés au conflit au Moyen‑Orient risquent d’alimenter l’inflation en Afrique. Quels sont, selon vous, les principaux risques pour les économies africaines ?

NK Ezeobele — Les tensions géopolitiques actuelles exercent une pression directe sur les prix mondiaux de l’énergie. Pour les économies africaines, cela se traduit par une hausse du coût des carburants, du transport et des denrées alimentaires, ce qui alimente une inflation déjà élevée dans plusieurs pays. Les États importateurs nets d’énergie sont particulièrement vulnérables : leurs factures d’importation augmentent, leurs balances extérieures se détériorent et leurs taux de change subissent des pressions supplémentaires.

Face à cette situation, les politiques publiques doivent se concentrer sur trois priorités :

  • protéger les ménages vulnérables,
  • accélérer la diversification énergétique,
  • renforcer les chaînes d’approvisionnement régionales.

Dans ce contexte, la ZLECAf représente une opportunité stratégique pour réduire la dépendance extérieure et stimuler le commerce intra‑africain.

VDA — Les États africains peuvent‑ils garantir la sécurité alimentaire alors que le conflit perturbe les chaînes d’approvisionnement en engrais et en céréales en provenance du Golfe ?

NK Ezeobele — Le conflit perturbe des routes maritimes essentielles, notamment autour du détroit d’Ormuz, ce qui entraîne une hausse des coûts de fret et d’assurance, des retards logistiques et parfois des ruptures d’approvisionnement. Pour l’Afrique, les conséquences sont immédiates :

  • accès limité aux engrais,
  • difficultés d’importation de céréales,
  • pénuries de pièces détachées agricoles,
  • hausse du prix des produits alimentaires importés.

Ces perturbations menacent directement la sécurité alimentaire du continent. Elles soulignent l’urgence d’investir dans la production locale d’engrais, la modernisation agricole et la diversification des partenaires commerciaux.

VDA — L’instabilité géopolitique au Moyen‑Orient risque‑t‑elle de réduire la visibilité stratégique de l’Afrique et le soutien extérieur, notamment dans les régions en conflit ?

NK Ezeobele — Oui, c’est un risque réel. L’attention diplomatique et budgétaire des grandes puissances se recentre sur les enjeux sécuritaires du Moyen‑Orient. Certaines économies avancées réorientent déjà leurs dépenses militaires et réduisent leurs budgets d’aide extérieure. Le Royaume‑Uni, par exemple, a annoncé des coupes importantes dans son aide à plusieurs régions d’Afrique.

Pour les pays africains confrontés à des conflits prolongés, cette baisse de soutien extérieur pourrait compliquer les efforts de stabilisation.

Mais cette situation peut aussi être un tournant stratégique. Elle incite l’Union africaine et les organisations régionales à :

  • renforcer leur autonomie dans le financement de la paix et de la sécurité,
  • améliorer la coordination régionale,
  • mobiliser davantage de ressources nationales et intra‑africaines.

À long terme, cela pourrait favoriser des approches plus durables, moins dépendantes de l’aide internationale.

NK Ezeobele

Fondatrice et directrice du Policy Dialogue Group (TPDG) Membre du programme Jeunes leaders de l’Initiative de recherche sur l’investissement durable – Université Columbia Engagée pour des politiques économiques respectueuses du climat et centrées sur l’humain

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