Deuxième producteur et exportateur mondial de café, avec plus de 4 milliards de dollars générés en 2023, le Vietnam occupe une place centrale dans l’équilibre du marché international. Sa capacité à influencer les prix mondiaux est réelle, tant ses volumes pèsent sur l’offre globale. Mais derrière cette puissance se cachent des fragilités croissantes : qualité, durabilité, vieillissement des plantations et mutation des modèles agricoles.
Un leader mondial du robusta
Premier producteur mondial de robusta — plus de 50 % de l’offre mondiale provient du Vietnam — et deuxième producteur de café toutes variétés confondues (17,1 % des volumes), le pays s’est imposé comme un acteur incontournable derrière le Brésil. Introduite en 1857 sous la colonisation française, la culture du café occupe aujourd’hui 5,8 % de la surface agricole utilisée. Le robusta domine largement : 92,9 % des surfaces et 97 % des volumes, l’arabica ne représentant que 3 % de la production.
La géographie de la filière est très concentrée :
- Hauts-plateaux du Centre : 72 % des surfaces, 92 % des volumes
- Régions montagneuses du Nord : 28 % des surfaces, 8 % des volumes
Cette spécialisation territoriale a permis au Vietnam d’atteindre le meilleur rendement mondial, avec 2,8 tonnes par hectare.
Une production en recul malgré une décennie de croissance
Après dix années d’expansion, les dernières récoltes marquent un infléchissement. Entre octobre 2022 et septembre 2023, la production a atteint 1,6 million de tonnes (27,2 millions de sacs de 60 kg), soit une baisse de 10 à 15 % par rapport à la saison précédente.
Plusieurs facteurs expliquent cette contraction :
- conditions climatiques défavorables,
- transition vers des cultures plus rentables (avocat, durian, fruit de la passion),
- vieillissement des caféiers et maladies du sol nécessitant un renouvellement des plantations.
Selon les prévisions de l’USDA, la récolte 2023/24 devrait rester faible, autour de 27,5 millions de sacs. Malgré cela, les volumes demeurent 21 % supérieurs à ceux d’il y a dix ans.
Un secteur tourné vers l’exportation, mais à faible valeur ajoutée
L’industrie vietnamienne du café repose principalement sur l’exportation de café brut, peu transformé. La consommation locale, bien qu’en forte croissance (2 kg par personne en 2022), n’absorbe qu’environ 10 % de la production nationale.
En 2023, le pays a exporté 1,6 million de tonnes, pour plus de 4 milliards de dollars. Si les volumes ont reculé de 4,5 %, la valeur a progressé de 3 %, portée par :
- la reprise économique post‑Covid,
- les mauvaises récoltes au Brésil et en Colombie,
- la hausse des prix mondiaux,
- l’amélioration du transport maritime.
Mais 81,5 % des exportations restent du café non décaféiné et non torréfié, signe d’une filière encore peu orientée vers la transformation.
Une stratégie nationale encore en quête de cohérence
Pour répondre aux défis de durabilité et de montée en gamme, le ministère de l’Agriculture a adopté en 2014 une stratégie visant à stabiliser la filière. Les objectifs de productivité ont été atteints :
- 1,6 million de tonnes produites annuellement,
- rendement de 2,7 tonnes/ha,
- 3,8 à 4,2 milliards USD d’exportations.
Le plan prévoit également de ramener la superficie caféière à 600 000 hectares (contre 710 000 aujourd’hui) et d’assurer que 80 % de la production soit durable. Mais cette ambition reste floue : l’usage massif d’intrants chimiques et l’intensification des pratiques agricoles contredisent les objectifs affichés.
Des progrès existent néanmoins : quatre indications géographiques (Gia Lai, Đăk Hà, Sơn La, Buôn Ma Thuột) ont été créées, et 26 % des surfaces sont certifiées selon divers standards — un taux encore deux fois inférieur à celui du Brésil.





