Aux portes de l’Union européenne, les Balkans occidentaux constituent aujourd’hui un espace révélateur des recompositions géopolitiques contemporaines. Longtemps inscrite dans l’orbite occidentale, tout en restant traversée par des influences russes, notamment en Serbie, et turques dans certains espaces hérités de l’histoire ottomane, la région voit désormais s’affirmer un acteur plus discret mais de plus en plus structurant : la Chine.
Depuis une dizaine d’années, l’influence chinoise dans les Balkans s’installe progressivement, portée avant tout par l’économie. Infrastructures, prêts chinois, investissements directs, projets d’ingénierie et flux commerciaux structurent cette présence croissante. À cette dimension s’ajoute un usage renforcé des instruments de soft power chinois, notamment à travers la diffusion de la langue et de la culture via les Instituts Confucius et les coopérations universitaires. Relancée par l’initiative des Nouvelles routes de la soie en 2013, cette dynamique vise à rapprocher Pékin du marché européen en passant par ses marges.
La méthode repose sur des outils financiers concrets. À travers des banques publiques comme la China Exim Bank, la Chine finance des projets réalisés par ses propres entreprises. Ce modèle, rapide et efficace, répond à des besoins réels mais transfère aussi une partie du risque sur les États bénéficiaires, accentuant parfois leur dépendance économique.
Le Monténégro en offre une illustration. L’autoroute Bar‑Boljare, financée à 800 millions d’euros par la China Exim Bank et construite par la China Road and Bridge Corporation, a révélé ses limites. Retards, surcoûts et pression sur la dette ont conduit le pays à solliciter des partenaires occidentaux, illustrant les fragilités de certains investissements chinois dans les Balkans.
Dans ce contexte, les Balkans apparaissent comme un espace intermédiaire, ni pleinement intégré à l’Union européenne ni totalement extérieur. Cette position, combinée aux lenteurs de l’élargissement, ouvre des opportunités à des acteurs comme la Chine, qui y voit un levier stratégique pour renforcer sa présence aux portes de l’Europe.
La Serbie occupe une place centrale. Principal point d’ancrage de Pékin, elle illustre le passage d’une relation économique à une coopération stratégique. La Chine est devenue un fournisseur majeur d’équipements militaires : drones CH‑92A, systèmes FK‑3, missiles intégrés aux MiG‑29. À cela s’ajoute le déploiement de technologies de surveillance, notamment par Huawei, dans des programmes de « safe city » reposant sur la reconnaissance faciale. Cette dimension sécuritaire renforce la profondeur de l’ancrage chinois en Serbie.
Belgrade continue pourtant de coopérer avec l’Occident, notamment via l’achat de Rafale, illustrant une stratégie de diversification géopolitique qui alimente aussi les tensions régionales.
Ailleurs, la présence chinoise est plus ciblée. En Bosnie‑Herzégovine, elle se concentre sur l’énergie. En Albanie, elle se manifeste dans des secteurs émergents comme les véhicules électriques. Pékin développe également son soft power à travers les Instituts Confucius et les coopérations universitaires, consolidant son image et son influence culturelle.

Malgré cette visibilité, la Chine reste derrière l’Union européenne, qui concentre environ 70 % des échanges commerciaux ainsi que l’essentiel des investissements. L’UE demeure l’acteur économique dominant, même si son influence géopolitique est parfois perçue comme moins affirmée.
Cette dynamique reste également contrainte par des facteurs politiques. Au Kosovo, en l’absence de reconnaissance diplomatique — liée notamment à la solidité des relations sino‑serbes — la présence chinoise demeure marginale et largement formelle.
Sans s’imposer frontalement, la Chine consolide progressivement des positions d’influence durables, faisant des Balkans occidentaux un point d’appui discret mais stratégique aux portes de l’Union européenne






