1776 marque l’indépendance américaine et, avec elle, le début d’un long chemin qui a mené de l’inimitié à l’amitié. La défaite française de 1763 lors de la guerre de Sept Ans n’était pas si lointaine, et l’armée américaine combattait alors aux côtés de l’armée anglaise. Pourtant, aujourd’hui, le président Trump rappelle que « nous sommes les plus anciens alliés… depuis les origines, une force pour la défense des libertés, la prospérité et la paix ». Cette affirmation, si souvent proclamée, semble pourtant contredite par les tensions politiques contemporaines. C’est précisément dans ce contexte parfois déroutant qu’il faut puiser dans cet héritage commun une clé pour l’avenir, en se recentrant sur ce qui nous unit.

La fondation St Omer – valeurs transatlantiques s’attache à consolider les racines de cette amitié franco‑américaine autour des valeurs que nous partageons. Elle plonge ses origines dans l’histoire : il y a trois siècles, à Saint‑Omer, des « pères fondateurs » de l’Amérique ont façonné une pensée nourrie d’humanisme, de liberté et de droits de l’homme, inspirée des philosophes grecs et romains. Une pensée qui se voulait exemplaire pour le reste du monde.
Aujourd’hui, dans l’ère numérique de la quatrième révolution industrielle, ces valeurs se trouvent fragilisées, parfois même désarticulées. Liberté et libertarisme s’opposent, le libéralisme semble tordre la démocratie pour survivre, et la force brute justifie à nouveau des compromis inquiétants avec la vérité et les principes fondateurs. Plus profondément encore, la démocratie elle‑même se fissure : de modèle universel, elle devient pour certains un signe de faiblesse, presque une exception culturelle cantonnée à l’Occident. Ce qui fut une source de progrès et de civilisation apparaît désormais comme une contrainte face à des empires autoritaires ou à des zones libertariennes gouvernées comme des entreprises, sans État ni nation.

Le monde change, et nos sociétés, par complaisance ou paresse intellectuelle, se sont contentées de rester à la surface de valeurs qu’elles invoquent sans les redéfinir. La rupture est là : il faut se réveiller. Les humiliations et les désillusions provoquées par la politique doivent nous alerter. L’exigence du vivre‑ensemble demeure, qu’il s’agisse des citoyens ou des États‑nations. L’homme reste au centre d’une communauté fondée sur des valeurs partagées et un bien commun. L’illusion d’un individu isolé, absorbé par son téléphone ou son jogging, ne peut faire société. L’individualisme devient un facteur d’éclatement auquel il faut répondre. La complexité du monde moderne ne peut être abandonnée à une élite ou à la caricature populiste : elle doit redevenir un moteur de progrès, non un cercle vicieux d’exclusion.
Ces valeurs, souvent invoquées de manière trop générique, reposent sur des fondements culturels et historiques. Mais il faut aller plus loin : les revisiter, les ajuster aux réalités d’un monde urbanisé et numérique, articuler les attentes individuelles — les « valeurs humaines » — et les choix collectifs — les « valeurs sociétales ». C’est à cette condition que nous pourrons dompter et humaniser l’intelligence artificielle, et continuer à faire société, comme l’aurait pensé Cicéron.
L’égalité des droits implique des devoirs, notamment celui du partage des compétences pour mieux appréhender la complexité du monde. La démocratie exige une compréhension la plus homogène possible des enjeux. Quant à la liberté, elle doit être repensée : sans la fraternité, elle glisse vers le libertarisme.
Ces défis ne sont pas nouveaux. L’histoire est une succession de chaos dont il a fallu sortir par le haut. La France et l’Amérique ont su affronter ces risques en s’appuyant sur une amitié et un socle de valeurs communes. Les ruptures sociétales actuelles ne doivent pas nous séparer. Au contraire : forts de nos succès partagés et de notre passion pour l’universalisme, nous devons faire preuve de créativité et d’imagination pour réinventer un modèle démocratique adaptable à toutes les cultures. C’est ainsi que nous répondrons aux citoyens délaissés par la mondialisation et le numérique, mais aussi aux défis politiques : une Amérique et une Europe puissantes, souveraines, alliées, capables de contribuer à une gouvernance éclairée du monde.
Utopie ? Non : courage, lucidité et bon sens. C’est la mission que s’est donnée notre fondation, inspirée par ces jeunes Américains exilés à Saint‑Omer entre 1710 et 1760, qui ont contribué à la naissance de la République américaine il y a 250 ans. Sa devise — « culture et leadership : valeurs pour agir » — nous rappelle l’essentiel : agissons.






