Kevin Thozet, membre du comité d’investissement chez Carmignac
Alors que la Réserve fédérale américaine (Fed) aborde sa réunion de juillet 2026 dans un contexte de tensions géopolitiques au Moyen-Orient et de hausse des prix de l’énergie, Kevin Warsh prône la fin du forward guidance strict. Entre une économie américaine à deux vitesses et des risques d’inflation persistants, la Fed pourrait réserver de vraies surprises aux marchés.
1. Vers la fin du forward guidance : Chaque réunion de la Fed compte
La réunion de la Réserve fédérale (Fed) de ce mercredi sera suivie avec une attention redoublée. Kevin Warsh a fait savoir qu’il souhaitait réduire l’usage du forward guidance pour redonner de la souplesse et de la latitude à la conduite de la politique monétaire.
S’il entend réellement joindre les actes à la parole, une conséquence s’impose : désormais, chaque réunion compte et chacune peut réserver une surprise.
2. Une économie américaine résiliente, mais à deux vitesses
L’économie américaine continue de surprendre par sa résistance. Elle a encaissé un cycle de hausse de taux d’une ampleur exceptionnelle, une guerre commerciale, puis un conflit armé, sans que les principaux indicateurs ne se dégradent véritablement :
- Ventes au détail : Progression de +6,7 % sur un an.
- Indicateurs régionaux : Enquêtes bien orientées et redressement de la confiance des consommateurs (Université du Michigan).
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│ L'ÉCONOMIE AMÉRICAINE À DEUX VITESSES │
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│ Moteurs de croissance │ Secteurs en stagnation │
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│ • Investissements de la Tech │ • Marché de l'immobilier │
│ • Effet de richesse Bourse │ • Secteurs traditionnels │
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Cette résilience repose largement sur l’explosion des investissements dans le secteur technologique. L’économie américaine tourne ainsi au-dessus de son potentiel, bien que la reprise reste hétérogène.
3. Inflation et choc énergétique : Ormuz au cœur des inquiétudes
Les derniers chiffres de l’inflation ont rassuré sans convaincre totalement :
- Prix à la consommation (CPI) : +3,5 % sur un an glissant.
- Prix à la production (PPI) : +6,6 % sur un an glissant.
La décrue reste très incomplète. Avec la suspension du mémorandum d’Islamabad et la fermeture du détroit d’Ormuz (Bab el-Mandeb pouvant suivre), les prix de l’énergie repartent en flèche.
Les facteurs de soutien à l’inflation :
- Pression sur la main-d’œuvre : Expulsions, déportations et vieillissement démographique réduisent le bassin d’emplois disponibles.
- Droits de douane : Le retour des tarifs douaniers et l’effritement de la trêve avec la Chine.
- Risque géopolitique récurrent : L’instabilité au Moyen-Orient s’installe comme un risque structurel et non plus ponctuel.
4. Stratégie de la Fed : Une hausse des taux dès juillet ou septembre ?
Après cinq ans d’inflation supérieure à l’objectif de 2 %, Kevin Warsh entend ramener les prix à la cible. Les marchés prennent cette fermeté au sérieux et intègrent désormais près de 30 % de probabilité d’une hausse des taux dès la réunion de juillet.
- Le scénario de septembre (Le plus probable) : La Fed disposera de deux mois supplémentaires de données (emploi, inflation, activité) et de nouvelles projections macroéconomiques pour formaliser un changement de cap.
- Le scénario de juillet (Possible) : Si la Fed souhaite durcir les conditions financières avant que les anticipations d’inflation ne dérivent, elle pourrait agir immédiatement.
5. Quelles conséquences pour les marchés de taux ?
La partie courte de la courbe (Courte échéance)
Offre très peu de visibilité. Se positionner sur ce segment revient à parier à la fois sur le conflit au Moyen-Orient, les cours du pétrole et la crédibilité de Kevin Warsh.
La partie longue de la courbe (Longue échéance)
Conviction plus forte : les rendements des taux longs devraient remonter. Les anticipations d’inflation à 2027-2028 (autour de 2,5 %) paraissent trop complaisantes. Les primes de terme ne rémunèrent pas suffisamment l’incertitude monétaire et budgétaire.
Référence historique : La bonne comparaison n’est pas la dernière décennie ultra-encadrée, mais l’ère d’avant-2008, où l’incertitude se reflétait directement dans la hausse des taux longs.





