À l’approche de la réunion de politique monétaire de la Banque Centrale Européenne (BCE) prévue ce 23 juillet 2026, Michael Krautzberger, CIO Public Markets chez AllianzGI, livre son analyse exclusive. Si un maintien des taux d’intérêt est largement anticipé à court terme, la trajectoire future reste marquée par de fortes incertitudes géopolitiques et énergétiques.

La thèse centrale d’AllianzGI : La BCE devrait maintenir ses taux d’intérêt inchangés en juillet, tout en conservant une approche strictement fondée sur les données économiques, réunion par réunion. L’institution monétaire n’en a probablement pas fini avec son cycle de resserrement.
Pourquoi la BCE devrait maintenir ses taux inchangés en juillet ?
Malgré des signaux d’affaiblissement de l’inflation sous-jacente, la politique monétaire de la BCE reste sous pression. La volatilité renouvelée des prix de l’énergie crée une incertitude persistante, constituant un argument majeur contre tout abandon prématuré de la politique de resserrement.
La réunion de juillet ne devrait donc pas réserver de surprise immédiate :
- Approche « réunion par réunion » : Le Conseil des gouverneurs réaffirmera sa dépendance stricte aux données macroéconomiques.
- Maintien du cap (orientation hawkish) : Bien que la baisse des cours du pétrole fin juin ait un temps modéré le discours, l’issue de la décision et de la conférence de presse confirmera que la BCE conserve une orientation favorable au resserrement.
- Anticipations du marché : Le marché intègre actuellement un risque très faible (environ 2 pb) de hausse des taux en juillet, et anticipe un resserrement cumulé de 52 pb d’ici mi-2027.
Calendrier et prévisions : Une hausse des taux en septembre 2026 ?
Pour AllianzGI, la trêve estivale ne signifie pas la fin des hausses. Une nouvelle intervention après l’été reste le scénario le plus probable, bien qu’elle ne soit pas encore entièrement intégrée par les marchés financiers.
| Échéance prévisionnelle | Action anticipée de la BCE | Cible de taux |
| 23 Juillet 2026 | Statu quo / Maintien des taux | Inchangé |
| Septembre 2026 | Reprise de la hausse des taux | À déterminer |
| Fin d’année 2026 | Nouvelle hausse (si la Fed emboîte le pas) | 2,75 % |
Le contexte macroéconomique : L’impact du choc pétrolier au Moyen-Orient
Depuis la dernière réunion de juin, les indicateurs économiques européens affichent un tableau mitigé :
- Activité : Les enquêtes de conjoncture montrent une légère amélioration.
- Inflation : L’inflation sous-jacente reste globalement modérée.
- Le facteur géopolitique : La rupture du cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran a déclenché un rebond durable des cours du pétrole, propulsant à la hausse les anticipations de resserrement monétaire.
La présidente Christine Lagarde devrait fortement souligner que l’instabilité au Moyen-Orient limite la visibilité à moyen terme. Les risques à la hausse sur l’inflation et les risques à la baisse sur la croissance demeurent majeurs. La BCE maintiendra son analyse de scénarios prudente, faisant écho à la fermeté affichée par le nouveau président de la Fed, M. Warsh, lors de sa première audition devant le Congrès américain.
Réserves obligatoires et liquidités : Les deux dossiers techniques à suivre
En l’absence de nouvelles projections macroéconomiques majeures en juillet, l’attention des analystes se portera sur les aspects techniques de la gestion des liquidités de l’Eurosystème. Deux sujets clés animeront la conférence de presse :
1. Hausse du taux des réserves obligatoires non rémunérées
Selon des informations de Reuters, la BCE envisagerait de doubler ce taux, le faisant passer de 1 % à 2 % des dépôts bancaires éligibles.
- L’impact financier : Cette mesure permettrait à l’Eurosystème d’économiser environ 4 milliards d’euros par an en paiements d’intérêts aux banques commerciales.
2. Cadre opérationnel et portefeuille obligataire structurel
Le Conseil des gouverneurs n’a pas encore arbitré sur la répartition idéale entre :
- Les opérations de refinancement à long terme.
- La taille et la composition d’un portefeuille obligataire structurel comme source d’apport de liquidités.
Bien que des réponses définitives puissent encore se faire attendre, les commentaires de Christine Lagarde sur ces deux points seront scrutés de près par les marchés.





