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Commentaires de Michael Krautzberger, CIO Public Markets chez AllianzGI, en amont de la réunion de la BCE des 10-11 juin 2026

Commentaires de Michael Krautzberger, CIO Public Markets chez AllianzGI, en amont de la réunion de la BCE des 10-11 juin 2026
  • Nous prévoyons que la BCE relèvera son taux directeur de 25 points de base à 2,25 % lors de la réunion de juin, conformément à sa conduite depuis le mois de mars et à l’orientation définie dans la mise à jour de sa stratégie pour 2025.
  • Selon nous, le resserrement reste justifié : une succession de chocs du côté de l’offre maintient l’inflation au-dessus de l’objectif, et la BCE tient à éviter une répétition du scénario post-Covid, où une action tardive a finalement nécessité des hausses de taux plus agressives.
  • La présidente Lagarde devrait laisser la porte ouverte à un nouveau resserrement, notre scénario de base tablant sur une dernière hausse de 25 points de base en septembre. Une hausse en juillet nécessiterait une nouvelle détérioration significative des perspectives d’inflation.

Les arguments en faveur d’une hausse des taux en juin sont, selon nous, très solides. Le nouveau choc pétrolier a repoussé l’inflation de la zone euro au-dessus de l’objectif, l’inflation globale atteignant 3,2 % en glissement annuel en mai. Les prix du pétrole sont désormais nettement supérieurs aux hypothèses intégrées dans les projections de mars de la BCE, ce qui devrait conduire à des révisions à la hausse des prévisions d’inflation de la Banque, l’inflation devant rester nettement au-dessus de l’objectif sur l’horizon de projection, s’approchant de 3 % en 2026 et d’environ 2,2 % en 2027. Les perturbations actuelles dans le détroit d’Ormuz renforcent le risque que les prix élevés de l’énergie persistent plus longtemps que prévu. Au-delà de l’énergie, les premiers signes de pressions plus généralisées sur les prix – en particulier pour les biens de consommation – suggèrent que des effets de second tour commencent à se manifester. 

Le contexte actuel diffère nettement de la période post-Covid, où la forte hausse de l’inflation était en partie due à une libération en peu de temps d’une demande refoulée, à un moment où les chaînes d’approvisionnement étaient encore fortement perturbées. Toutefois, la BCE ne souhaite pas retarder la prise de nouvelles mesures. Dans un contexte marqué par des chocs d’offre répétés, attendre une destruction plus manifeste de la demande risquerait de faire prendre du retard. 

Il est vrai que le contexte de croissance devient plus fragile. Le conflit impliquant l’Iran introduit des risques à la baisse, tant par l’incertitude qu’en raison de l’érosion des revenus réels. Les prévisions de la BCE devraient donc intégrer des projections de PIB quelque peu plus faibles dans ce contexte, mais il convient de souligner que la croissance de la zone euro continue de faire preuve de résilience. Cette résilience donne à la BCE une marge de manœuvre pour agir. 

Si le resserrement monétaire dans un contexte de ralentissement n’est pas sans risques — en particulier pour les conditions financières et la transmission du crédit —, le risque le plus important serait de laisser les anticipations d’inflation augmenter. Dans ce contexte, un resserrement mesuré et préventif reste la voie la plus prudente.

 Au-delà du mois de juin, nous nous attendons à ce que la présidente Lagarde maintienne une position flexible, dépendante des données, tout en approuvant implicitement un nouveau resserrement. Nous anticipons une dernière hausse de 25 points de base en septembre. Une intervention dès juillet nécessiterait une nouvelle surprise à la hausse significative de l’inflation, en particulier pour les composantes sous-jacentes. À l’inverse, une pause ne serait probablement envisagée qu’en cas de détérioration marquée de la dynamique de croissance ou d’un relâchement clair des pressions inflationnistes.

Dans l’ensemble, la BCE reste en « mode resserrement » — pas de manière agressive, mais avec une orientation claire. La décision de juin doit être considérée comme la poursuite de cette stratégie : progressive, fondée sur les données, mais résolument axée sur le rétablissement de la stabilité des prix. Cela contraste avec la Fed, qui semble disposée à attendre plus longtemps malgré une impulsion de croissance plus forte tirée par l’IA. En conséquence, nous anticipons une pression moins forte sur la pente de la courbe des taux en Europe qu’aux États-Unis, ainsi qu’un retour plus rapide de l’inflation vers l’objectif de la Banque centrale.

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