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Manganèse, lithium, nickel : qui possède vraiment le fleuron minier français Eramet ?

Manganèse, lithium, nickel : qui possède vraiment le fleuron minier français Eramet ?

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Alors qu’Eramet s’impose comme le pivot de la souveraineté minière française, les turbulences financières ravivent les tensions autour de son capital. Entre la dynastie Duval, l’État actionnaire et l’ombre des fonds étrangers, plongée dans les secrets de gouvernance d’un titan hautement stratégique.

C’est un discret bastion de la souveraineté industrielle française, logé au cœur de Paris. Un empire où l’on ne parle pas de lignes de code ou de logiciels, mais de terre, de roche brute, de nickel calédonien, de manganèse gabonais et de lithium argentin. Le groupe Eramet incarne à lui seul la dépendance — et les ambitions — de l’économie française en matière de métaux critiques, indispensables à la transition énergétique.

Pourtant, après une année 2025 particulièrement éprouvante marquée par une perte nette de 477 millions d’euros due à la chute des cours et à de lourdes dépréciations d’actifs, les regards de la place financière se tournent avec insistance vers le tableau des actionnaires. Alors qu’un plan de refinancement de 500 millions d’euros est sur les rails pour stabiliser le bilan au second semestre 2026, une question cruciale demeure : qui détient réellement les clés de cette machine de guerre minière ?

Manganèse, lithium, nickel : qui possède vraiment le fleuron minier français Eramet ?

Le premier pilier : la famille Duval, les maîtres forgerons (37 %)

Contrairement à une idée reçue, le premier actionnaire d’Eramet n’est pas la puissance publique, mais une dynastie de la vieille industrie française : la famille Duval. À travers leurs holdings familiales (Sorame et CEIR), les Duval détiennent un peu plus de 37 % des actions et disposent de droits de vote prépondérants.

Héritiers d’une longue tradition métallurgique, les Duval considèrent Eramet comme leur joyau. Entre cette famille de sidérurgistes et les gouvernements successifs, l’histoire récente a souvent des airs de « paix armée ». On se souvient du bras de fer mémorable qui les avait opposés à l’État concernant le maintien de la PDG Christel Bories. Malgré les tempêtes et la suspension des dividendes au titre de l’année 2025, la famille maintient son ancrage historique, refusant de céder un pouce de son influence sur la gouvernance.

Le second pilier : L’État français et le bras armé Bpifrance (27 %)

Juste derrière les Duval, l’œil de l’Élysée et de Bercy veille au grain. L’État français, via la banque publique d’investissement Bpifrance (notamment sa filiale Bpifrance Participations), contrôle un bloc massif de 27 % du capital.

Pour l’État, Eramet n’est pas une simple ligne de portefeuille boursier. C’est un actif d’intérêt national vital. Alors que l’Europe cherche désespérément à sécuriser ses approvisionnements face à l’hégémonie chinoise sur les batteries électriques, la présence publique garantit que les ressources de l’entreprise ne bousculeront pas les intérêts géopolitiques de la France. C’est ce duopole État-Duval (pesant à eux deux près de 65 % du capital) qui assure la stabilité absolue du groupe face aux tentatives de rachat hostiles.

La constellation des « autres » : Territoires, fonds d’arbitrage et la menace Orion

Au-delà de ces deux géants, l’actionnariat d’Eramet révèle des ramifications géopolitiques passionnantes :

La Nouvelle-Calédonie (4 %) : À travers la STCPI (Société Territoriale Calédonienne de Participation Industrielle), les provinces de l’archipel possèdent une part symbolique mais politiquement cruciale. Le nickel calédonien reste un dossier brûlant à Paris, mêlant enjeux industriels et paix sociale outre-mer.

Les institutionnels internationaux : Des fonds d’investissement anglo-saxons comme Kopernik Global Investors (environ 5,4 %) ou le géant des indices Van Eck (2,6 %) naviguent dans le capital flottant, séduits par la valeur intrinsèque des sous-sols exploités par le groupe.

Mais l’élément qui agite aujourd’hui les salons feutrés de la finance parisienne concerne une potentielle recomposition. Des rumeurs persistantes évoquent des discussions avec des fonds américains, notamment Orion CMC, pour entrer au capital à la faveur de l’augmentation de capital en cours. Une telle arrivée d’argent frais transatlantique constituerait un tournant stratégique majeur, illustrant l’appétit féroce des alliés occidentaux pour la maîtrise des métaux critiques.

Alors que le premier semestre 2026 affiche un rebond de l’EBITDA opérationnel, le sort financier à court terme reste dicté par la bonne exécution de son plan de refinancement. Le pacte d’actionnaires historique entre l’État et la famille Duval sera-t-il dilué par l’apport de capitaux neufs ?

Pour le management mené par Christel Bories, l’exercice d’équilibriste est total. Il s’agit de moderniser l’outil minier, d’accélérer les projets porteurs comme l’extraction du lithium en Argentine, tout en composant avec des actionnaires de référence aux intérêts parfois divergents : la préservation patrimoniale pour les uns, l’indépendance stratégique de la Nation pour les autres. Une chose est certaine : derrière les chiffres austères du bilan, Eramet reste le théâtre d’une passionnante pièce de théâtre mêlant capitalisme familial et raison d’État.

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