Un père sous les verrous pour tentative de coup d’État, une dynastie politique ébranlée, et un dauphin au visage lisse qui avance ses pions. À 45 ans, le sénateur Flávio Bolsonaro est désigné pour reprendre le flambeau du populisme brésilien à la présidentielle de 2026. Plongée dans les coulisses d’un destin sous haute tension, entre bains de foule évangéliques, secrets de famille et zones d’ombre.
Il a le regard acier de son père, mais le sourire calibré d’un homme d’affaires de la zone Ouest de Rio. À 45 ans, Flávio Bolsonaro n’est plus seulement l’aîné de la tribu. Il est désormais le dernier espoir du Parti libéral. Alors que le patriarche, Jair, purge une peine de 27 ans de prison pour avoir tenté de faire vaciller la démocratie brésilienne en 2023, le clan a fait son choix : ce sera Flávio. Le fiston. L’héritier.
Pour séduire un Brésil fracturé, l’homme a entamé une étonnante métamorphose. Moins brutal que son père, plus policé que ses frères Carlos et Eduardo, Flávio tente d’adoucir la marque « Bolsonaro » sans en altérer la doctrine. Dans les meetings, il ne hurle plus : il séduit. Il parle entrepreneuriat, réussite individuelle et start-up pour harponner une jeunesse déboussolée, tout en gardant un œil rivé sur la trajectoire des sondages où il talonne le président sortant, Lula da Silva.
Le clan Bolsonaro : La politique dans le sang
- Jair (Le Père) : Incarcéré pour tentative de coup d’État
- Flávio (L’Aîné) : Sénateur, candidat à la présidentielle 2026
- Carlos (Le Cadet) : Stratège numérique et homme de l’ombre
- Eduardo (Le Benjamin) : Député fédéral, relais auprès de la droite américaine
Le baptême du Jourdain et le pacte des évangéliques
Mais ne vous fiez pas au costume sur mesure. Sur le fond, la ligne n’a pas bougé d’un millimètre. Pour cimenter son socle électoral, le dauphin applique les recettes maison avec une précision d’horloger. Il y a quelques mois, direction l’Israël et les eaux sacrées du Jourdain pour un baptême très médiatisé. Une image forte, taillée sur mesure pour les millions de fidèles des Églises évangéliques, dont la puissante Église universelle du royaume de Dieu.
Auprès des barons de l’agro-business, les promesses sont tout aussi cash : arrêt définitif de la démarcation des terres autochtones et déricotage des normes environnementales. Sur la scène internationale, Flávio promet un alignement inconditionnel sur Washington et Tel-Aviv. Quant à sa première décision s’il entre au palais du Planalto ? Il l’a déjà martelée sur tous les plateaux : gracié son père dès le soir de son investiture.
Cacao, milices et chèques suspects : les démons de Rio
Pourtant, derrière le vernis du candidat providentiel, le passé rattrape sans cesse le sénateur. L’histoire de Flávio Bolsonaro, c’est aussi celle de la face sombre de Rio de Janeiro.
Aujourd’hui propriétaire de 50 % des parts d’une franchise du chocolatier Kopenhagen, l’homme a bâti sa fortune au fil d’opérations immobilières dans la Cité merveilleuse. Dix-neuf transactions ont été jugées suspectes par le parquet pour des soupçons de blanchiment d’argent.
Surtout, l’ombre du scandale des « rachadinhas » — ces détournements d’indemnités parlementaires via des emplois fictifs — continue de flotter. Son ancien homme de confiance, l’ex-policier Fabrício Queiroz, avait vu passer des millions de reais suspects sur ses comptes, arrosant jusqu’à l’entourage proche de la famille. Plus troublant encore : ses liaisons documentées avec des figures des milices paramilitaires de Rio, dont certains membres ont été décorés par ses soins avant d’être cités dans l’assassinat de la députée Marielle Franco.
Si la justice a pour l’instant annulé certaines procédures pour des vices de forme, la campagne s’annonce explosive. Flávio Bolsonaro joue son va-tout. Entre le fantôme du père emprisonné et la promesse d’un pouvoir retrouvé, l’héritier du clan s’apprête à livrer le match de sa vie. Le Brésil, lui, retient son souffle.





