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Bâle III & Output Floor : La régulation bancaire menace la croissance

Bâle III Output Floor réglementation bancaire

À force de vouloir bâtir des forteresses inexpugnables, on finit parfois par étouffer la vie qui s’y trouve. C’est exactement le piège dans lequel l’Europe est en train de tomber. Alors que s’imposent les derniers volets des accords bancaires mondiaux dits « Bâle III », une vérité dérangeante émerge des bilans de nos établissements financiers : sous prétexte de nous protéger contre une éventuelle crise systémique, les régulateurs sont en train de couper le robinet du crédit.

Le coupable a un nom barbare que seuls les initiés maîtrisent : l’output floor (ou plancher d’en-cours). Derrière cette formule technocratique se cache un mécanisme censé harmoniser le calcul des risques à l’échelle de la planète. Pensé entre Washington et Bâle pour recadrer les excès de la finance globale, ce modèle commet pourtant une erreur de débutant : appliquer une grille de lecture anglo-saxonne à un monde économique européen qui fonctionne sur des bases totalement différentes.

Une erreur d’analyse fondamentale

Regardons les faits. Aux États-Unis, quand une entreprise a besoin d’argent, elle se tourne vers les marchés financiers. En Europe, c’est l’inverse : nos PME et nos ETI dépendent à plus de 70 % du crédit bancaire traditionnel.

Même constat sur le marché immobilier. Le modèle européen s’appuie depuis toujours sur des prêts prudents, accordés à taux fixe et adossés à des revenus solides. On est à mille lieues des dérives spéculatives et des crédits rechargeables qui avaient provoqué la crise des subprimes américains en 2008.

Pourtant, la règle s’applique à tous de la même façon.

Vers un rationnement silencieux du crédit

En exigeant des banques européennes qu’elles mettent de côté beaucoup plus de fonds propres pour couvrir exactement les mêmes prêts aux ménages et aux PME, Bâle III crée une distorsion de concurrence absurde.

Face à ce serrage de vis, nos banques n’auront pas trente-six solutions pour maintenir le cap :

  • Soit elles vont augmenter brutalement le coût des emprunts.
  • Soit elles vont fermer le robinet et rationner le crédit.

Dans les deux cas, ce sont les entrepreneurs et les ménages qui vont en payer le prix fort.

Un contresens historique

Le plus absurde dans cette histoire reste le calendrier. Au moment précis où l’Europe doit investir des centaines de milliards d’euros pour réussir sa transition écologique, rénover son bâtiment et financer sa souveraineté numérique, on décide de paralyser le principal moteur de son financement.

Il est temps que les instances européennes sortent de cette naïveté réglementaire. Chercher la stabilité financière est une chose louable, mais organiser l’asphyxie économique du continent en est une autre.

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