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Interview – Richard Faure : “Le luxe impose une rigueur absolue et une responsabilité de transmission”

Portrait de Richard Faure, entrepreneur français reconnu en Europe pour son expertise dans les stores et parasols de luxe.

Figure discrète mais incontournable du store et du parasol haut de gamme, Richard Faure s’est imposé comme l’un des experts les plus respectés d’Europe. Parti de rien, forgé par l’adversité et guidé par une éthique du travail presque artisanale, il a su conquérir la confiance des plus grands noms de la gastronomie et de la restauration.

VDA : Vos pairs vous décrivent comme quelqu’un d’exigeant. Comment percevez‑vous cette réputation ?

Richard Faure : Je crois qu’ils reconnaissent en moi une exigence constante : celle du travail bien fait, du respect des matériaux et d’une compréhension fine des attentes des hôteliers, des restaurateurs et des architectes. Le luxe impose une rigueur absolue. Il exige une maîtrise approfondie des tissus, des mécanismes et des structures. C’est un univers sans compromis, où chaque détail compte et où l’approximation n’a pas sa place.

VDA : Cette exigence technique semble s’accompagner d’une dimension plus humaine.

Richard Faure : Absolument. Au‑delà de la technique, je crois profondément qu’il est essentiel de s’intéresser aux autres. Nous portons tous en nous quelque chose que d’autres nous ont transmis : une énergie, une exigence, une vision. Cette tension, cette générosité, il est de notre responsabilité de les faire vivre à notre tour. Nous avons tous un rôle dans cette chaîne de transmission. Certaines figures ont marqué leur époque non seulement par leur talent, mais aussi par leur capacité à inspirer et à transmettre.

VDA : Votre parcours semble très marqué par les rencontres.

Richard Faure : Mon parcours, fait de rencontres et d’expériences, m’a appris une chose essentielle : nous sommes la somme des personnes que nous croisons. C’est pourquoi, lorsque je rencontre un jeune, je prends toujours le temps de lui rappeler que la véritable richesse se construit à travers les rencontres, l’apprentissage et l’engagement. Il ne faut pas se focaliser uniquement sur l’argent, mais cultiver avant tout l’amour du travail bien fait. Car au fond, ce sont la passion, la rigueur et la transmission qui construisent les trajectoires solides et durables.

VDA : Comment évolue aujourd’hui le marché mondial du store et du parasol ?

Richard Faure : La Chine s’impose désormais comme un acteur incontournable. Cette position ne repose pas uniquement sur sa puissance industrielle, mais aussi sur les nombreuses collaborations développées avec des fabricants européens. Au fil du temps, ces partenariats ont favorisé le transfert et le co‑développement de technologies, de procédés et de brevets. En les combinant à une production hautement optimisée et à une robotisation croissante, les industriels chinois ont atteint un niveau de compétitivité et de qualité particulièrement élevé.

VDA : Et quelle place conservent les fabricants européens dans ce paysage ?

Richard Faure : Les fabricants européens gardent une avance significative sur le haut de gamme, l’innovation et les solutions sur mesure. C’est dans cette complémentarité que j’interviens.

VDA : Justement, quel est votre rôle dans cette chaîne de valeur internationale ?

Richard Faure : Mon rôle est de sélectionner et d’assembler le meilleur des savoir‑faire européens et asiatiques afin d’offrir à mes clients des solutions personnalisées, fiables et compétitives. Grâce à un sourcing rigoureux, je propose des produits de haute qualité au meilleur rapport qualité‑prix, parfaitement adaptés aux exigences de chaque projet.

VDA : Vous dites souvent que l’entrepreneuriat est une vocation. Comment cela se traduit‑il dans votre parcours ?

Richard Faure : L’entrepreneuriat n’est pas une profession : c’est une vocation. J’ai relancé l’activité stores et parasols dédiée à l’hôtellerie de luxe, un segment exigeant qui requiert un véritable savoir‑faire ainsi qu’une compréhension fine des contraintes propres à ces établissements. En parallèle, à travers la société Iaso, fabricant espagnol de parasols, j’ai développé des collaborations avec des acteurs majeurs tels que le Groupe Bertrand ou McDonald’s France. Notre cœur de métier demeure la conception de solutions haut de gamme, alliant élégance, robustesse et innovation, au service des professionnels de l’hôtellerie et de la restauration.

VDA : Comment se porte aujourd’hui le secteur en France ?

Richard Faure : Le secteur reste fragile. Il existe encore plusieurs fabricants français de stores. En revanche, pour le parasol, la situation est différente : il n’y a plus en France que des assembleurs et des distributeurs. Les grandes unités de production se situent désormais en Chine ou, pour les modèles haut de gamme, en Allemagne, en Suisse, en Italie et en Espagne. La France conserve toutefois un savoir‑faire reconnu dans le tissage des toiles de stores et de parasols, notamment avec des acteurs comme Dickson, dans le Nord, ainsi que quelques fabricants en Europe.

VDA : Vous évoquez souvent la disparition de certains savoir‑faire. Est‑ce un enjeu majeur pour vous ?

Richard Faure : Oui, c’est même central. Aujourd’hui, mon métier consiste à identifier et rassembler des artisans capables de faire vivre des savoir‑faire en voie de disparition. Je les trouve notamment en Bourgogne, à Dijon ou à Auxerre, et j’adapte ces talents aux exigences spécifiques de mes clients dans l’hôtellerie. Lorsqu’une usine ferme, ce ne sont pas seulement des machines qui disparaissent : c’est un patrimoine humain, une mémoire technique. La fermeture du groupe Neyrat Peyronie en Bourgogne en est une illustration marquante : c’est un savoir‑faire transmis sur plusieurs générations, et l’un des plus importants fabricants européens de parasols, qui a disparu.

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