Les bien-pensants nous disent : « Pourquoi parler français dans le sport ? Quel snobisme d’une prétention infinie que de vouloir traduire en français les mots du sport ! Traduiriez-vous football, ou judo ? Ne soyez pas ridicules ! »
Lorsque les ministres des Sports et de la Culture m’ont nommé haut-fonctionnaire à la langue française, moi un enfant de famille polonaise qui ne parlait pas le français, fier d’apporter ma touche au monde du sport, je ne savais dans quel monde du snobisme j’allais pénétrer.
Nous pouvons assurément le regretter, mais c’est un fait, le vocabulaire des nouvelles disciplines sportives et des nouveaux sports, vient presque exclusivement de pays anglo-saxons et il est donc en anglais.
Si je vous disais : le sportif a fait un beau « Ollie », ou un « shove-it » (vocabulaire de la planche à roulettes) ? Ou encore : le « Bboy a fait un « freeze » dans le « cypher » (vocabulaire du Break) ? Puis : le « spacing » a permis de « stretch » pour que le « clutch player » puisse postuler au « All Star Game » (vocabulaire du Basket) ? Avez-vous compris ? Comme si, tout le monde connaissait le vocable et pratiquait ces sports.
Et pourtant, lors de deux émissions sur des chaînes dites « sérieuses », les journalistes se sont gaussés, des termes français travaillés…. Surement sous le prétexte, que tout le monde comprenait les mots utilisés….
Seulement c’est oublier :
- Que nous sommes aujourd’hui 396 millions de locuteurs francophones dans le monde et nous devrions être 650 millions en 2050 (source OIF) ;
- Que nous vivons les événements sportifs diffusés avec encore plus d’émotion quand ils sont dans notre langue car nous comprenons mieux les images et les reportages ;
- Qu’une enquête du ministère de la Culture, réalisée en novembre 2024, met ainsi en lumière un rejet marqué de la part de nos concitoyens face à l’intrusion de l’anglais dans de nombreux secteurs de leur vie quotidienne. Une large partie de la population attend des institutions et des entreprises qu’elles privilégient l’emploi de termes français. En effet, une grande majorité de français (près de 80%) se déclarent être gênés dans leur achat lorsque les informations sont uniquement disponibles en anglais, indiquant même, pour la moitié d’entre eux (52%), que cela peut compromettre leur achat.
Pire encore :
- Comme je le soulignais, dans le monde du sport à l’international, les nouvelles disciplines ou les nouveaux sports, nous viennent souvent des pays anglo-saxons. Dans la plupart des fédérations internationales, l’anglais s’est imposé comme langue opérationnelle — ce qui a des effets très concrets sur la compréhension des règlements, la formation des arbitres, et in fine sur la performance et le rayonnement.
- Le sujet n’est pas seulement linguistique : il est politique, stratégique et de souveraineté sportive. Le rééquilibrage en faveur du français suppose donc d’agir à plusieurs niveaux, avec des leviers réalistes.
Alors pourquoi s’étonner, que nous avons si peu de francophones dans les hautes sphères du sport à l’international ? La charte olympique, stipule deux langues officielles le français, et l’anglais ? Mais la réalité est toute autre. Dans le sport celui qui écrit la règle impose la langue.
Où se trouve alors le snobisme décrié dans les médias par des journalistes bien-pensants ?
La langue porte en elle les conditions de la participation à la vie sociale et à la citoyenneté. Notre langue renforce le lien entre citoyens et institutions.
Les Québécois l’ont bien compris. La souveraineté passe par la langue. En France, la loi du 4 août 1994 relative à l’emploi de la langue française, dite loi Toubon est une loi de cohésion sociale qui incarne dans notre droit le principe énoncé à l’article 2 de la Constitution selon lequel « La langue de la République est le français ». C’est l’idée d’une garantie d’emploi du français : tous les citoyens ont le droit démocratique, garanti par la loi, d’être informés et de s’exprimer dans leur langue.
Alors nous créons, nous innovons, nous rendons disponibles des définitions en français pour le sport avec le Ministère de la Culture et l’Académie Française, afin que tous les francophones aient le bonheur de mieux comprendre et vivre les images du sport.
Bien sûr, les pourfendeurs de notre action, s’attachant à leur élitisme, nous font des procès ridicules de vouloir traduire des mots entrés dans l’usage, comme football, judo, surf… Ce qui est faux bien sûr !
D’ailleurs, lors des Jeux de Paris, une application avait été créée « Mon Coach Sport 2024 » avec l’ensemble des termes olympiques des sports d’été, en français et en anglais qui a rencontré un vif succès avec plus de 270 000 visites, d’athlètes, d’arbitres, de journalistes, de touristes qui voulaient comprendre les termes entendus.
Peut-être avez-vous entendu : : « le CEO a pitché sa start-up, leader de son game sur le sport-market! ».
Les mots anglais s’imposent souvent dans notre vie quotidienne, sans traduction, comme s’ils étaient plus modernes, plus efficaces, plus « professionnels », plus « classe ».
Or, cette pratique exclut une grande partie de la population, fragilise la place du français dans des domaines clés comme le numérique, l’économie, la recherche ou encore le sport et compromet notre souveraineté.
Ce recours croissant aux anglicismes ne se limite donc pas à une simple évolution de la langue, il comporte également des enjeux majeurs sur les plans culturel, éducatif, démocratique et social. Une influence qui s’impose partout dans le sport à l’international.
Alors de quel côté se trouve l’arrogance, le snobisme périmé, quand nous évoquons la langue française dans le sport ?






