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Cryptos dans l’UEMOA : le casse du siècle pour le franc CFA ?

Cryptos dans l'UEMOA : le casse du siècle pour le franc CFA ?

Alors que Cotonou s’apprête à accueillir le Next Fintech Forum, les régulateurs de la zone franc s’unissent en coulisses pour lancer l’« UEMOA Crypto Initiative ». Un virage pragmatique pour encadrer un marché clandestin en pleine explosion et tenter de reprendre la main face aux géants anglophones.

C’est un secret de Polichinelle qui agite désormais les banques centrales d’Afrique de l’Ouest. En novembre prochain, le Bénin deviendra l’épicentre d’une discrète mais profonde révolution réglementaire : le lancement de l’UEMOA Crypto Initiative. Pour la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), le temps du déni ou de l’interdiction dogmatique est révolu. Face à la déferlante des actifs numériques dans la vie quotidienne des entreprises et des ménages, l’institution monétaire régionale a choisi le pragmatisme : réguler pour ne pas perdre le contrôle du franc CFA.

Sur le terrain, l’adoption des cryptomonnaies n’est plus une affaire de spéculateurs technophiles, mais un véritable amortisseur économique. Pour les commerçants de Dakar, de Lomé ou d’Abidjan, l’usage des stablecoins — ces jetons numériques indexés sur le dollar américain comme l’USDT — s’est imposé comme un bouclier contre l’inflation et la rareté des devises étrangères dans les circuits bancaires traditionnels. Ces actifs permettent non seulement de préserver le pouvoir d’achat, mais aussi de s’affranchir des frais prohibitifs des transferts de fonds de la diaspora ou de régler des fournisseurs asiatiques sans subir les lourdeurs administratives des banques de réseau. Jusqu’à présent, cette immense masse monétaire circulait dans un angle mort statistique total, favorisant une fuite invisible de capitaux.

Au-delà de l’enjeu économique, la bataille est éminemment géopolitique. En matière de technologies financières, la zone francophone subit la domination agressive de ses voisins anglophones. Le Nigeria, malgré les réticences initiales d’Abuja, s’est hissé au rang de leader mondial des transactions de pair à pair (P2P) selon les rapports de Chainalysis, tandis que le Ghana modernise ses flux à marche forcée.

En structurant ce nouveau cadre, la BCEAO et le Conseil Régional de l’Épargne Publique et des Marchés Financiers (CREPMF) entendent ériger une digue réglementaire pour protéger leur souveraineté. L’instauration d’un statut de Prestataire de services sur actifs numériques (PSAN) régional et l’obligation de traçabilité des utilisateurs visent à labelliser des acteurs locaux et à sécuriser les passerelles avec les réseaux de Mobile Money. Pour l’Afrique de l’Ouest, l’enjeu de cette normalisation est crucial : apprivoiser la finance de l’ombre pour poser les jalons de sa propre monnaie numérique de banque centrale (MNBC).

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