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Affaire Air France : quand le licenciement d’un délégué syndical révèle les zones d’ombre du pouvoir administratif

Le 8 août dernier, un communiqué du ministère du Travail a confirmé la décision de licencier un délégué syndical de la CGT, accusé d’avoir participé à l’arrachage de la chemise de Xavier Broseta, DRH d’Air France, lors d’une scène de violence devenue emblématique. L’annonce, pourtant lourde de sens, n’a guère suscité d’émoi public. Elle méritait pourtant davantage d’attention, tant elle soulève des questions essentielles sur le fonctionnement de l’administration du travail et sur l’imbrication, parfois troublante, entre pouvoir politique et pouvoir syndical.

Une décision ministérielle qui interroge

Que le salarié ait ou non participé à cet épisode de violence, le principe même du licenciement ne devrait pas prêter à débat. Ce qui étonne, en revanche, c’est que l’inspection du travail n’ait pas retenu la faute grave, malgré des images largement diffusées. Manque de preuves ? Interprétation juridique contestable ? Ou simple prudence idéologique ? Dans ce contexte, la décision de la ministre Myriam El Khomri de valider le licenciement apparaît comme une intervention directe dans un dossier déjà sensible. Et l’on peut s’interroger : sur quels fondements un ministre serait-il mieux placé que l’administration spécialisée pour apprécier la matérialité des faits ?

Une administration dotée de pouvoirs considérables

L’inspection du travail, même avant le renforcement récent de ses prérogatives, dispose d’un pouvoir rarement égalé dans l’appareil administratif. Ses décisions peuvent fragiliser une entreprise, et les voies de recours sont longues et complexes : recours gracieux auprès de l’inspection elle-même, saisine du ministère, puis du tribunal administratif. Les inspecteurs entretiennent par ailleurs des liens naturels avec les représentants du personnel, qui sollicitent régulièrement leur intervention. Cette proximité, légitime dans son principe, peut toutefois nourrir des soupçons de partialité lorsque les tensions sociales s’exacerbent.

L’affaire Air France en est une illustration. Comment croire que l’appréciation portée sur un délégué syndical puisse être totalement dénuée de biais, alors même que certains agents affichent une hostilité assumée envers le monde de l’entreprise ? Leur mission consiste à contrôler des employeurs confrontés à un Code du travail labyrinthique et à des normes de sécurité mouvantes, souvent sujettes à interprétation.

Des dérives idéologiques déjà documentées

La figure de Gérard Filoche, ancien inspecteur du travail devenu militant politique, illustre les dérives possibles d’une administration investie d’un pouvoir considérable. Ses déclarations publiques, parfois virulentes, ont souvent mis en lumière une vision manichéenne du rapport employeur-salarié. Lorsqu’un haut fonctionnaire du ministère rédige un rapport sur la modernisation du droit du travail, il le qualifie de « virus Ebola du Code du travail ». À la mort de Christophe de Margerie, dirigeant de Total, il commente : « Les grands féodaux sont touchés. Ils sont fragiles. Le successeur nous volera-t-il moins ? » Ces excès individuels ne sauraient résumer une profession, mais ils nourrissent un doute légitime sur la neutralité de certains jugements.

Une intervention politique qui ajoute à la confusion

L’intervention de la ministre dans cette affaire ajoute une strate supplémentaire à un processus déjà opaque. Pourquoi un membre du gouvernement devrait-il trancher en dernier ressort le sort d’un représentant syndical ? Cette imbrication entre pouvoir exécutif, pouvoir administratif et influence syndicale donne le sentiment d’une mécanique où l’entreprise devient l’otage de jeux de pouvoir qui la dépassent. La CGT traverse une période de tension avec le gouvernement ? Le licenciement est confirmé. L’entreprise, elle, subit les contrecoups d’un système où se mêlent considérations politiques, arbitrages administratifs et pressions idéologiques.

Un recours judiciaire, dernier rempart imparfait

Il reste heureusement la voie judiciaire : tribunal administratif, cour administrative d’appel, Conseil d’État. Mais ces juridictions, indépendantes, n’ont qu’une connaissance théorique du fonctionnement concret des entreprises. L’impression laissée par cette affaire est celle d’un monde économique qui continue de naviguer dans un environnement juridique complexe, parfois hostile, où l’arbitraire administratif et syndical peut encore faire trembler les directions.

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