À entendre les évangélistes de la Tech, la tokenisation serait le remède miracle de la finance. Vous prenez un fonds d’investissement classique, vous le passez à la moulinette de la blockchain, et paf : plus fluide, plus rapide, plus moderne, plus sûr.
Sauf que dans le monde réel, celui où l’on mesure les vrais risques, la réalité est nettement plus pragmatique. Et la récente mise au point de l’agence Fitch Ratings vient remettre l’église au milieu du village.
Leur constat est d’une simplicité rafraîchissante : la blockchain est un registre, pas une baguette magique.
Si vous tokenisez un actif solide, il reste solide. Si vous tokenisez un produit financier médiocre ou bancal, vous obtenez juste un produit médiocre… avec un jeton numérique autour. La technologie ne change absolument rien au risque de crédit sous-jacent. Si l’émetteur n’a pas les reins assez solides pour rembourser, le fait que la transaction soit inscrite sur un registre décentralisé ne vous rendra pas votre argent.
Pire : au lieu de supprimer les risques, la tokenisation en ajoute de nouveaux.
D’abord, le risque informatique. En remplaçant les intermédiaires traditionnels par des contrats intelligents (smart contracts), on déplace la confiance de l’humain vers le code. Une ligne de code mal rédigée, un bug non détecté ou une faille de sécurité, et ce sont des millions qui s’évaporent ou se retrouvent bloqués. Pour une agence de notation, analyser un fonds ne consiste plus seulement à étudier des bilans financiers, mais aussi à auditer du code informatique.
Ensuite, le mythe de la liquidité instantanée. On nous vend la possibilité d’échanger ses parts de fonds en quelques secondes, 24h/24 et 7j/7. Mais pouvoir transférer un jeton rapidement ne garantit absolument pas qu’il y aura un acheteur en face, surtout si le marché panique. La vitesse du réseau ne crée pas la profondeur d’un marché.
Ne nous trompons pas de débat. La blockchain apporte des gains d’efficacité indéniables sur la gestion opérationnelle et le suivi des actifs. Mais il est temps d’arrêter de confondre l’outil et l’objet.
Pour les investisseurs, le message est limpide : ne vous laissez pas aveugler par le vernis technologique. Un bon investissement reste un bon investissement, et un risque mal géré reste un danger, qu’il soit inscrit sur du papier ou sur une blockchain.






