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Pourquoi les faits divers nous fascinent-ils autant en France ?

Les multiples rebondissements de l’affaire du petit Grégory depuis trente-sept ans. La volatilisation mystérieuse de Xavier Dupont de Ligonnès après l’assassinat de sa femme et de ses enfants. Le caractère inquiétant et insaisissable de Jonathann Daval, suspecté du meurtre de sa femme Alexia. La personnalité glaçante du maître-chien Nordahl Lelandais, accusé du meurtre de la petite Maëlys. Autant de faits divers qui ont défrayé la chronique et captivé le public. « J’avoue que je me demande souvent où peut bien se trouver Xavier Dupont de Ligonnès… S’est-il suicidé ? Vit-il caché sous une fausse identité, à l’étranger ou même en France ? Ces questions sans réponse m’intriguent », confie Hélène, 79 ans, enseignante à la retraite.

 Quand le fait divers devient politique

En 2002, trois jours avant le premier tour de l’élection présidentielle, l’affaire « papy Voise », un homme de 82 ans tabassé par deux jeunes, fait la Une des journaux. Le thème de l’insécurité monopolise les médias. Les politiques surfent sur la vague. Et le candidat du Front national, Jean-Marie Le Pen, est présent au second tour. La chaîne de télévision TF1 admettra quelques années après que la couverture de ce fait, aussi tragique fut-il, eu égard au temps d’antenne accordé, avait été « une faute ».

Le fait divers, un révélateur de son époque

Face à ces histoires sordides où se déploie le mal, une question lancinante « Comment cela a-t-il été possible ? » Pourquoi, dans les années 30, Violette Nozière passe-t-elle à l’acte et tue son père ? Qui a tué le petit Grégory et qu’est-ce que ce crime raconte des jalousies entre familles dans les Vosges en 1984 ? Qu’est-ce qui a fait basculer lentement la vie de Laetitia Perrais, 18 ans, enlevée, violée et démembrée par Tony Meilhon en 2011 ?

Dans les années 1930, titres sensationnels, typographies tape à l’œil et photographies scandaleuses mettent en avant la vie dissolue de l’« empoisonneuse » Violette Nozière, son désir d’indépendance, son statut d’intellectuelle. Ce parricide, crime ultime, passionne la société française de l’époque, très patriarcale où l’émancipation des femmes fait peur et où la dénonciation de l’inceste est inaudible. Elle sera condamnée à mort le 12 octobre 1934 à Paris, une peine commuée par le président de la République Albert Lebrun en travaux forcés à perpétuité, puis graciée par le général de Gaulle en novembre 1945.

Influence sur le sentiment d’insécurité

Par le passé, on a reproché aux médias la trop grande place accordée aux faits divers, notamment concernant les périodes qui ont précédé les élections présidentielles de 2002 et de 2007. Il faut dire que cette mise en avant d’affaires venant chambouler le quotidien, même si elle relève de l’actualité, semble jouer un rôle certain dans l’évolution du sentiment d’insécurité.

Il n’empêche, l’exécutif français s’est beaucoup appuyé, ces dernières années, sur les faits divers qui heurtaient particulièrement l’opinion publique pour rebondir sur des thématiques qui lui étaient chères. Des déplacements de Nicolas Sarkozy, souvent interprétés comme faisant partis d’une politique de réaction, on se souvient surtout du discours de Grenoble de juillet 2010, dans lequel il assimilait immigration et délinquance.

Quelques jours plus tôt, c’était un autre important fait divers – l’attaque d’une gendarmerie par des membres de la communauté rom – qui suffisait à déclencher des mesures de répression envers une communauté toute entière. L’enchaînement de ces deux affaires, à quelques jours d’intervalle, avait alors pu donner l’impression d’un climat d’insécurité important.

Certains faits divers passionnent tellement la société qu’ils influent sur le cours des choses, et pas seulement de manière négative. Il ne faut donc pas les rejeter systématiquement. Car s’ils occupent une place importante dans l’actualité, aucun lien n’a encore pu être fait entre leur place dans les médias et l’évolution du sentiment d’insécurité. Mais certains, à l’inverse, on tendance à réveiller des clichés racistes.

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