La mer Rouge n’est plus seulement une voie maritime reliant l’Europe à l’Asie. Elle est devenue l’un des espaces les plus stratégiques de la compétition internationale. Derrière les tensions sécuritaires, les implantations militaires et les investissements portuaires se joue une bataille beaucoup plus profonde : celle du contrôle des routes commerciales et de l’influence politique sur les États riverains.
Djibouti, la Somalie, l’Érythrée, le Soudan et l’Éthiopie occupent une position géographique exceptionnelle. Cette proximité avec le détroit de Bab el-Mandeb confère à la région une importance qui dépasse largement les frontières africaines. Chine, États-Unis, Turquie, Émirats arabes unis, Arabie saoudite et autres acteurs régionaux cherchent à consolider leur présence, chacun poursuivant ses propres intérêts économiques et stratégiques.

Mais une question demeure étonnamment absente du débat international : quelle place les pays africains occupent-ils réellement dans les décisions concernant leur propre environnement stratégique ?
Les infrastructures portuaires, les accords de défense, les concessions logistiques et les partenariats sécuritaires ne sont jamais de simples opérations commerciales. Ils peuvent créer des dépendances durables, modifier les équilibres régionaux et offrir à des puissances extérieures des leviers d’influence considérables.
L’Éthiopie, pays enclavé de plus de cent millions d’habitants, illustre particulièrement cette problématique. Son accès à la mer constitue un enjeu économique et politique majeur. Pour les pays voisins, les ambitions maritimes éthiopiennes représentent également une question de souveraineté et de sécurité.
L’Afrique dispose pourtant d’atouts considérables : sa position géographique, ses ressources, ses marchés et son poids diplomatique. Encore faut-il que les États concernés parviennent à dépasser leurs rivalités pour construire une vision commune de la sécurité maritime et du développement portuaire.
L’enjeu n’est donc pas de choisir entre Washington, Pékin, Ankara ou Abou Dhabi. Il est de déterminer les conditions dans lesquelles les partenariats internationaux peuvent servir les intérêts africains.
La mer Rouge pourrait devenir un accélérateur de développement pour l’Afrique orientale. Elle pourrait aussi installer durablement le continent dans une position de dépendance stratégique.
La différence se jouera dans la capacité des dirigeants africains à négocier collectivement, à maîtriser leurs infrastructures et à défendre leurs intérêts à long terme.
La question n’est plus de savoir qui convoite la mer Rouge, mais si l’Afrique entend enfin participer à la définition de son avenir.






