La francophonie sportive est une formidable idée, mais soyons lucides : elle s’épuise aujourd’hui dans un désordre institutionnel qui la prive de toute efficacité. Pour qu’elle devienne enfin un réel vecteur de développement économique, d’influence et d’échanges de compétences, nous devons regarder nos échecs en face et agir.
Le premier problème est d’ordre culturel. La francophonie sportive est trop souvent perçue comme un simple « supplément d’âme », un gadget sympathique en marge des grandes affaires internationales. Résultat : chacun multiplie les partenariats à l’étranger sans vision d’ensemble, sans pays prioritaires et sans stratégie claire. À cela s’ajoute un éparpillement dommageable. Une myriade de petites structures mènent de belles actions dans leur coin, mais cette dispersion dilue nos moyens et neutralise notre impact collectif.
En réalité, personne ne barre le navire. Les institutions travaillent en silos, engluées dans des guerres d’égos et de chapelles. Dans le seul secteur de l’économie du sport — qu’il s’agisse de Bpifrance, de Business France, de l’Agence Française de Développement (AFD), du GIE France Sport Expertise, de l’AFCNO ou de la CONFEJES —, c’est le règne du chacun pour soi : chacun son budget, chacun ses cibles, chacun ses projets. Malgré les déclarations d’intention formulées lors du Sommet de la Francophonie à Villers-Cotterêts, le monde institutionnel ne s’est toujours pas emparé du sujet. Pendant ce temps, la langue française continue de perdre du terrain face à l’anglais dans les instances sportives, et les méthodes de travail paternalistes « de ceux qui savent vers ceux qui ne savent pas » achèvent de paralyser l’ensemble. Les pays francophones ne veulent plus qu’on leur la raconte : ils réclament de la co-construction et du respect mutuel.
Il est urgent d’inverser la vapeur. Pour y arriver, il faut d’abord remettre de l’ordre dans la gouvernance en désignant dans chaque pays un responsable identifié — un Délégué interministériel à la francophonie sportive — capable de piloter la feuille de route et de dialoguer avec les grands bailleurs et instances internationales comme l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), l’UNESCO ou le Comité International des Jeux de la Francophonie (CIJF).
Ensuite, l’OIF et la CONFEJES doivent bâtir une véritable stratégie multilatérale sur 24 mois, avec des objectifs chiffrés et évalués, sans tout miser sur l’unique vitrine des Jeux de la Francophonie. Il faut faire travailler ensemble les réseaux qui s’ignorent — maires, parlementaires, ambassadeurs et universités francophones —, créer une charte d’engagement pour imposer le français dans les formations et la communication, et soutenir massivement les alliances par discipline qui regroupent les fédérations francophones.
La langue, le sport, l’économie et la diplomatie ne sont pas des sujets séparés : ils forment un tout cohérent. Si nous savons enfin les aligner, nous aurons entre les mains un outil de rayonnement et d’influence redoutable. Le moment est venu de sortir des vœux pieux et de bâtir une francophonie sportive offensive, moderne et efficace.





