La finance n’est pas l’ennemi du football. Elle peut même devenir un levier utile lorsque son usage est encadré, transparent et orienté vers l’intérêt général du jeu. L’argument selon lequel les critiques adressées aujourd’hui au projet de société commerciale de la FIFA seraient incohérentes au regard de l’opération CVC en Ligue 1 repose sur un raccourci commode. Il évite pourtant la question essentielle : à quelles conditions l’argent privé sert-il réellement le football ?
L’opération CVC, rendue possible par une ouverture législative, reposait sur un cadre clair. La LFP conservait le contrôle, la finalité était identifiée – stabiliser les clubs, moderniser les infrastructures, accompagner un secteur fragilisé – et aucun élément de souveraineté sportive n’était transféré. Le problème de la Ligue 1 n’est pas CVC : il est structurel, lié à son modèle économique, à l’absence de stratégie collective et à des fragilités anciennes.
Le projet FIFA Forward Enterprise relève d’une logique radicalement différente. Il vise à regrouper les activités commerciales et l’organisation des compétitions, dont la Coupe du monde, dans une filiale susceptible de lever jusqu’à 4,2 milliards de dollars auprès d’investisseurs privés. Sans cadre législatif, sans transparence, sans contre‑pouvoirs. Autrement dit : une financiarisation débridée qui touche au cœur du pouvoir sportif mondial.
Les réactions internationales en disent long. Les 55 fédérations de l’UEFA menacent de boycotter les compétitions de la FIFA, la Concacaf rejette le projet, l’AFC soutient les critiques européennes, et le conseiller principal de Gianni Infantino, Carlos Cordeiro, a démissionné en s’y opposant « catégoriquement ». Ce projet ne constitue pas une opération financière comparable à CVC : il représente une transformation structurelle de la gouvernance du football mondial, avec un risque majeur de privatisation des décisions sportives.
La finance peut servir le football lorsqu’elle apporte des moyens, de la stabilité et de la modernisation. Elle devient dangereuse lorsqu’elle prétend en prendre le contrôle. C’est toute la différence entre CVC et le projet de la FIFA. Et c’est la raison pour laquelle ce dernier franchit une ligne rouge que le football mondial ne peut se permettre d’ignorer.





