Dans l’hémisphère Nord, le 21 juin marque symboliquement l’entrée dans l’été. Pour les Français, c’est aussi la Fête de la Musique. Une exception culturelle dont l’ampleur populaire reste, aujourd’hui encore, singulière. Quel sens lui donner à l’ère de l’intelligence artificielle ?
La Fête de la Musique a été lancée le 21 juin 1982. Initiative portée par Jack Lang, à l’époque ministre de la Culture, elle se veut populaire et ouverte à tous. Populaire dans le sens noble du terme, valorisant les millions de musiciens amateurs et professionnels du pays, et leur offrant une occasion unique d’exercer leur art partout.
Dans les années qui ont suivi, d’autres pays ont tenté de lancer des initiatives équivalentes, comme la Festa della Musica en Italie, le National Music Day en Angleterre ou encore le Make Music Day dans certaines villes américaines.
Quarante-quatre ans après sa création, la Fête de la Musique en France reste une journée exceptionnelle. Toutes les couches sociales s’y retrouvent. Des amateurs proposent des spectacles de grande qualité à tous les coins de rue. Les villes comme les campagnes mettent la musique et la convivialité à l’honneur. Une véritable communion nationale se répand dans les bars, les petites salles de concert, les restaurants, les pubs, les places.
Pourtant, alors qu’en 2026 une partie de la création musicale est bousculée par l’intelligence artificielle, on peut s’interroger sur l’intérêt de cette manifestation. Tandis que les algorithmes peuvent produire la musique que l’on veut avec un simple prompt, accessible du bout des doigts dans son salon, à quoi bon sortir de chez soi et se mêler à la population ?
Une raison principale est l’expression de la liberté. Car cette journée où chacun est libre de jouer partout, dans tous les styles, sans contraintes, ou presque, résonne avec le premier mot de notre devise nationale : liberté. Et cette liberté, nous devons la chérir. À ce titre, participer à la Fête de la Musique en tant que musicien, chanteur ou spectateur, c’est montrer son attachement à la liberté.
Une deuxième raison est l’expression du vivre ensemble. Chaque citoyen, avec ses particularités, représente une part de la richesse de notre pays. Aller à la rencontre de petits groupes qui se produisent dans son quartier, c’est créer du lien social. C’est se donner l’opportunité de partager un moment rare, éphémère. Par exemple en entendant une reprise d’un titre qui nous a fait vibrer dans notre jeunesse. C’est partager des émotions sans intermédiaire numérique. Ce partage authentique crée la proximité, tisse des liens, contribue à la cohésion nationale à travers le partage de ce qui fait notre culture commune.
Une troisième raison est la valorisation de la culture. Comme l’évoque le pape Léon XIV dans l’encyclique Magnifica Humanitas, la culture est au centre des enjeux de développement de l’humanité à l’ère de l’IA. Il exprime dans son texte le rôle de chacun de nous dans l’expression de nos différences, au service du bien commun. La culture sous toutes ses formes, et en particulier la musique, est un formidable vecteur d’authenticité. Nous sommes tous responsables de la faire vivre et d’en profiter.
Vous pourrez trouver d’autres bonnes raisons de sortir de chez vous le 21 juin. En renonçant à regarder une série ou un film, en allant boire un verre ou en dînant tandis qu’un groupe amateur se produira près de vous, vous vivrez un moment exceptionnel. Nul besoin de vous entasser dans une grande arène. Au contraire, cherchez la proximité, le contact avec les artistes, un échange qui nourrira votre âme.

L’IA va massivement transformer la musique dans les années qui viennent. Elle va rendre la production plus rapide, moins chère, plus personnalisée, mais aussi plus opaque, plus abondante et plus difficile à rémunérer équitablement.
La musique authentique ne disparaîtra pas. Mais elle devra être rendue visible, identifiable et désirable.
C’est là que la Fête de la Musique a un rôle unique : elle remet la musique dans la rue, dans les corps, dans les mains, dans les voix, dans les quartiers. Elle rappelle que la musique n’est pas seulement un contenu. C’est une relation humaine.
Renseignez-vous sur les concerts programmés près de chez vous. Des affiches placardées sur les devantures annonceront l’installation « sauvage » d’un groupe de rock. Les événements seront annoncés sur les réseaux sociaux. Vous pourrez facilement les retrouver en vous éloignant temporairement des comptes à forte audience. Les mairies jouent aussi un rôle croissant dans la communication de ces concerts d’un soir. Ce petit effort sera largement récompensé par le bonheur de vivre un moment de communion, un instant d’humanité, un partage d’émotion, en « live », devant vous, de manière authentique, sans intermédiaire.
Allez voir les groupes près de chez vous plutôt que d’échanger avec ChatGPT, Gemini, Claude ou encore Grok. Allez danser, chanter, profiter de cette seule journée de vraie liberté. Laissez-vous surprendre par la programmation éclectique préparée depuis des mois par ces groupes amateurs. Et si vous aimez le rock, les Salt & Pépères joueront dès 18h30 à la Chope Guy Môquet dans le 17e arrondissement de Paris. L’auteur de ces lignes y sera, guitare à la main, heureux de partager ce moment avec vous.






