L’eugénisme, longtemps relégué aux archives sombres du XXe siècle, réapparaît aujourd’hui sous une forme inattendue. Non plus comme un projet d’État ou un dogme idéologique, mais comme une promesse séduisante portée par les biotechnologies, la génétique prédictive et l’écosystème des start-ups de la Value. Certaines entreprises affirment désormais pouvoir analyser le profil génétique des embryons issus de PMA pour anticiper des maladies complexes, mais aussi des traits cognitifs et comportementaux, dont le très controversé quotient intellectuel (QI). Une marchandisation de l’intime qui interroge : jusqu’où une société est-elle prête à aller pour offrir à ses enfants un avantage biologique concurrentiel dès leur conception ?
Derrière le vocabulaire rassurant du dépistage génétique polygénique et des scores polygéniques, la promesse repose sur un réductionnisme scientifique largement contesté. Prédire une maladie monogénique relève de la médecine de précision ; prétendre anticiper l’intelligence d’un futur être humain relève, au mieux, de la spéculation commerciale, au pire, du charlatanisme technologique. Le QI n’est ni un gène isolé ni une molécule : il résulte d’une interaction complexe entre des milliers de variations génétiques mineures et un environnement social, éducatif et affectif. En vendant l’idée d’un embryon optimisé, ces start-ups ne proposent pas une garantie scientifique, mais une illusion marchande destinée à apaiser l’angoisse parentale face à l’avenir.
L’enjeu éthique, lui, est colossal. La mise sur le marché de ces services inaugure une rupture anthropologique : l’enfant à naître devient un produit d’optimisation individuelle, soumis au pouvoir d’achat des parents. Si ces technologies restent réservées à une élite financière, les inégalités socio-économiques pourraient se traduire en inégalités génétiques, créant une fracture durable entre ceux qui peuvent « concevoir » la réussite de leur descendance et ceux qui en sont exclus.
Biologistes, éthiciens et régulateurs alertent sur cette dérive libérale du vivant. En acceptant de calibrer la vie humaine selon des métriques de marché, nous fragilisent les fondements de l’amour parental inconditionnel et de l’égale dignité de chaque être humain. Une régulation éthique internationale devient indispensable pour encadrer la sélection embryonnaire, la génétique prédictive et les nouvelles pratiques de biotechnologies reproductives. L’intelligence humaine ne peut être réduite à un algorithme de tri embryonnaire, et le futur de nos enfants ne doit jamais devenir un marché de commodités génétiques réservé aux plus offrants.





