Nourri du multilatéralisme diplomatique et des arcanes des Nations unies, l’ex-ambassadeur au Mozambique a pris les régaliennes commandes des Affaires étrangères congolaises. Portrait d’un homme de dossier et d’influence, appelé à redessiner la carte diplomatique de son pays.
Sur les rives impétueuses du fleuve Congo, l’allure est toujours tirée à quatre épingles, le port austère et le verbe soigneusement pesé. À 60 ans, Constant-Serge Bounda appartient à cette catégorie d’hommes d’État que le temps ne semble jamais prendre de court. Nommé le 24 avril dernier à la tête du ministère des Affaires étrangères, de la Francophonie et des Congolais de l’étranger au sein du gouvernement Makosso II, cet haut fonctionnaire succède à Jean-Claude Gakosso avec une ambition claire : imprimer la marque de la rigueur et du pragmatisme onusien à la diplomatie de la République du Congo.
Originaire de Mossendjo, dans le département du Niari, Constant-Serge Bounda voit le jour à Brazzaville en 1966. Fils d’Henri Bounda et de Pauline Midou, il grandit dans un milieu où le culte de l’effort et de la discrétion fait foi. Mais c’est sur les bancs de l’université Lumière-Lyon-II, en France, que le jeune homme affine ses armes intellectuelles. Titulaire d’un DESS en sciences de l’information et d’un DEA en histoire, il acquiert dans les archives lyonnaises le goût de la synthèse, l’art du récit stratégique et la passion des grands équilibres internationaux.
Deux décennies sous le drapeau bleu de l’ONU
Père de cinq enfants, ce brillant universitaire n’a jamais cédé aux sirènes de la politique politicienne. Sa véritable école aura été celle du multilatéralisme opérationnel. Durant plus de vingt ans, il parcourt le labyrinthe des agences des Nations unies : l’OIT, l’OMS, l’Office de Genève, l’Organisation météorologique mondiale, ou encore le Tribunal pénal international pour le Rwanda.
En Éthiopie, de 2010 à 2017, il siège au cœur du pouvoir panafricain comme représentant du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) auprès de l’Union africaine. À Addis-Abeba, comme plus tard à Antananarivo lorsqu’il dirige les opérations du FNUAP pour Madagascar, les Comores, Maurice et les Seychelles, Bounda s’impose en diplomate des dossiers complexes : gouvernance climatique, enjeux démographiques, négociations de couloir et levées de fonds internationales.
« Il a cette faculté rare d’allier la précision d’un juriste suisse à la finesse de la négociation africaine », glisse un connaisseur des chancelleries de la sous-région.
Le retour aux sources régaliennes
En août 2021, le président Denis Sassou-Nguesso choisit de rapatrier cette haute figure de la fonction publique internationale vers la diplomatie directe du Congo, en le nommant ambassadeur au Mozambique. Une mission d’ancrage dans l’Afrique australe qui préfigurait son ascension.
Désormais installé dans le bureau d’angle de la chancellerie à Brazzaville, Constant-Serge Bounda déploie une feuille de route sans concession : redynamiser l’influence congolaise au sein du Bassin du Congo et de l’Union africaine, assumer une présence affirmée dans le concert de la Francophonie, et tendre une main ferme mais pragmatique aux talents de la diaspora. Dans un monde réorienté par les tensions géopolitiques, le nouveau chef de la diplomatie entend faire valoir la voix d’un Congo souverain, médiateur et résolument tourné vers le multilatéralisme.






