Au cœur des Côtes‑d’Armor, le château de Bogard se distingue comme un témoin rare du XVIIIᵉ siècle, où se croisent influences aristocratiques, esprit des Lumières et symbolisme maçonnique. L’histoire du domaine est indissociable de celle de Guillaume‑François de La Noüe, comte de Bogard, conseiller au Parlement de Bretagne, dont la trajectoire personnelle éclaire la singularité du lieu. Né en 1747, il est marqué très tôt par un environnement social et intellectuel d’une densité exceptionnelle.
Le document rappelle qu’il passe trois années décisives à Versailles, comme page à la Grande Écurie du roi Louis XV. Cette immersion dans l’entourage royal, « dans l’immédiat entourage du monarque », façonne son goût pour l’architecture, les arts et les idées nouvelles. Mais surtout, elle le place au contact direct d’un milieu où la franc‑maçonnerie est omniprésente. Le texte souligne que « la famille royale de France fut très proche de la franc‑maçonnerie dès son apparition », évoquant Louis XV, Louis XVI, le comte de Provence ou encore le comte d’Artois, tous initiés.
À son retour en Bretagne, La Noüe évolue dans un autre foyer d’influences maçonniques : celui du Parlement de Bretagne. Deux figures majeures, Charles du Merdy de Catuélan et Alexandre‑Fidèle de La Bourdonnaye, sont mentionnées dans les archives maçonniques rennaises. Le document cite un extrait révélateur : « Il s’est formé dans notre ville une société supérieurement composée de maçons bâtards et réguliers qui ne vivent sous aucune autorité ». Cette effervescence intellectuelle et symbolique nourrit la vision du jeune aristocrate.
C’est dans ce contexte que Bogard devient un véritable laboratoire d’architecture initiatique. Le parc, invisible depuis le sol mais lisible depuis les hauteurs, est décrit comme « occulte, c’est‑à‑dire occulté au regard profane ». Les axes Est‑Ouest et Nord‑Sud composent une croix parfaite, dont la symbolique renvoie à la fois à l’orientation des loges et à la cosmologie maçonnique.
À l’Est, une vaste pelouse ovoïde évoque « l’œuf philosophale qui renferme le germe de la vie ». À l’Ouest, une longue perspective rectiligne incarne « le règne de l’équerre », outil de rectitude morale. Au Nord, le « Jardin des Incertitudes » forme un labyrinthe initiatique, rappelant la quête de l’apprenti. Au Sud, le « Jardin de la Connaissance » dessine sept triangles, allusion directe aux « sept maîtres qui dirigent la loge ».
Le document confirme également la présence d’objets maçonniques dans le château : « un globe terrestre et une sphère céleste », symboles du second degré du rite, représentant le microcosme et le macrocosme.
Ainsi, Bogard apparaît moins comme un simple domaine aristocratique que comme un paysage philosophique, un espace pensé pour traduire en formes la progression initiatique. À travers La Noüe, le château devient un miroir des Lumières, de leurs réseaux, de leurs symboles et de leur ambition : unir nature, raison et spiritualité.







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