À l’aube d’une nouvelle saison de chasse, je souhaite prendre quelques instants pour parler d’un sujet qui suscite parfois des passions, voire des oppositions très fortes : la chasse.
Je ne le fais pas pour faire l’apologie de la chasse ou pour convaincre chacun de devenir chasseur. Je le fais comme maire rural, parce que je crois profondément que le bien vivre ensemble commence par le respect de ceux qui ne pensent pas comme nous.
Notre société a besoin de retrouver un peu de bon sens. Nous avons trop souvent tendance à opposer, à juger, à caricaturer. Le rural contre l’urbain, le chasseur contre le promeneur, celui qui possède contre celui qui veut profiter de la nature…
Pourtant, notre campagne est suffisamment grande pour être partagée, à condition qu’elle le soit dans le respect de chacun.
La chasse est une tradition, mais elle est aussi bien davantage.
Elle fait partie de notre histoire, de nos villages et de notre patrimoine rural. Elle a traversé les générations et reste aujourd’hui un véritable lieu de rencontre et de transmission.
Elle rassemble des générations, des catégories sociales et des parcours différents. Elle crée du lien dans des territoires où l’individualisme gagne parfois du terrain.
Mais la chasse n’est pas seulement une tradition, elle participe aussi à la gestion des territoires et à la régulation de certaines espèces, à l’équilibre de nos espaces ruraux et à la préservation de nos paysages.
Et il faut le dire : ceux qui vivent et travaillent dans nos campagnes sont aussi ceux qui, au quotidien, contribuent à les entretenir.
Planter des haies, entretenir des chemins, préserver des espaces naturels, participer à la gestion des populations animales : ce sont des actions très concrètes pour notre biodiversité et pour notre environnement.
Nous avons pu le constater encore récemment avec les incendies qui ont touché notre territoire. Ces chemins ruraux, ces accès entretenus et ces passages qui permettent habituellement de se promener sont aussi devenus des voies indispensables pour permettre aux secours d’intervenir rapidement.
C’est cela, aussi, la ruralité : un territoire vivant, entretenu et transmis. Partager la nature, oui. Oublier le droit de propriété, non.
Nos forêts et nos espaces naturels ne sont pas tous des espaces publics. En France, une très grande partie de la forêt appartient à des propriétaires privés. Ces propriétaires entretiennent, investissent, transmettent un patrimoine et en assument les responsabilités.
Nous devons évidemment pouvoir profiter de notre environnement, nous promener, découvrir nos chemins et apprécier nos paysages. Mais partager un territoire ne signifie pas pouvoir faire n’importe quoi chez les autres. Le droit de propriété est un droit fondamental. Il doit être respecté, comme doivent être respectées les règles de sécurité et les activités qui se déroulent sur ces espaces.
Lorsqu’une chasse est organisée, elle doit naturellement être signalée et pratiquée dans le respect des règles. De la même manière, le promeneur doit pouvoir circuler en sécurité et chacun doit faire preuve de prudence et de responsabilité.
Il ne devrait finalement pas être si difficile de comprendre cette règle simple : la nature appartient à tous dans ce qu’elle nous offre, mais les terrains n’appartiennent pas à tout le monde. Retrouvons le chemin du bon sens
Je suis convaincu que nous pouvons être attachés à la nature, aimer nous promener dans nos forêts, défendre la biodiversité et, dans le même temps, respecter ceux qui pratiquent la chasse.
Nous pouvons ne pas être chasseur et respecter le chasseur, nous pouvons aimer la forêt et respecter celui qui en est propriétaire, nous pouvons vouloir partager nos chemins sans oublier que derrière chaque parcelle, il y a souvent une histoire, un travail et des responsabilités.
Le bien vivre ensemble, ce n’est pas imposer son mode de vie aux autres. C’est accepter que notre voisin puisse vivre différemment, dès lors qu’il respecte les règles communes.
Notre ruralité ne doit pas devenir un musée, ni un terrain de confrontation entre ceux qui y vivent et ceux qui viennent la découvrir. Elle doit rester vivante, diverse, entretenue et fière de ses traditions et la chasse fait partie de ce patrimoine.
Elle doit continuer à évoluer, à améliorer ses pratiques et à renforcer la sécurité. Mais elle a toute sa place dans notre campagne, comme toutes les activités qui participent à son entretien et à sa vitalité.
À l’heure où l’on veut parfois tout réglementer, tout interdire ou tout opposer, je préfère faire confiance au dialogue, à la responsabilité et au bon sens.
Parce que finalement, défendre notre ruralité, c’est aussi défendre cette liberté essentielle : celle de pouvoir vivre ensemble, même lorsque nous ne vivons pas tous de la même manière !






