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Pourquoi l’Afrique se détourne du dollar?

Pourquoi l'Afrique se détourne du dollar?

Pendant des décennies, le monde des affaires a accepté une aberration sans broncher : pour qu’un négociant nigérian achète du thé au Kenya, les deux banques devaient passer par New York et convertir leurs devises en dollars américains. Cette époque touche à sa fin. En silence, mais avec une détermination pragmatique, les pays africains amorcent un mouvement de fond : se détourner du dollar américain au profit du yuan chinois (RMB) et de leurs propres monnaies locales.

Ce n’est ni un coup de tête idéologique, ni une posture anti-occidentale. C’est une stratégie de survie économique.

La tyrannie du billet vert et le réveil souverainiste

Pendant trop longtemps, la dépendance au dollar a servi de fil à la patte pour les économies émergentes. Dès que la Réserve fédérale américaine (Fed) monte ses taux d’intérêt pour juguler l’inflation à Washington, la répercussion est immédiate à Lagos, Nairobi ou Le Caire. La dette souveraine en devises étrangères explose, la rareté des devises étouffe les importateurs, et les réserves de change des banques centrales s’évaporent.

À cela s’ajoute le risque géopolitique. En observant la rapidité avec laquelle les pays occidentaux ont militarisé le système SWIFT et gelé des avoirs étrangers, les décideurs financiers du continent ont tiré la seule conclusion raisonnable : confier l’intégralité de sa sécurité financière à une seule monnaie étrangère est une vulnérabilité stratégique intolérable.

L’alternative chinoise : le yuan s’impose par les flux réels

C’est ici que le yuan chinois entre en scène. La Chine étant le premier partenaire commercial du continent africain, continuer à régler ces échanges commerciaux en billets verts relevait de l’absurde.

Aujourd’hui, les accords de swap de devises conclus par la Banque populaire de Chine avec des géants économiques comme le Nigéria, l’Égypte ou l’Afrique du Sud se multiplient. Les banques centrales africaines intègrent progressivement le renminbi dans la diversification des réserves de change, tandis que le réseau de paiement transfrontalier alternatif CIPS (Cross-Border Interbank Payment System) gagne du terrain face à SWIFT. Ce glissement mécanique ne fait que refléter la réalité des échanges physiques : on paie dans la monnaie de celui avec qui l’on fabrique et commerce.

Le vrai tournant : la revanche des monnaies locales

Mais le changement le plus profond ne réside pas dans le remplacement d’un géant par un autre. Il réside dans la volonté de faire émerger une souveraineté monétaire africaine et de dynamiser le commerce intra-africain.

Sous l’impulsion de la ZLECAF (Zone de libre-échange continentale africaine) et de projets pionniers comme le PAPSS (Pan-African Payment and Settlement System) porté par Afreximbank, une révolution discrète s’opère. Ce système permet d’effectuer des règlements transfrontaliers instantanés en monnaies locales, contournant entièrement le besoin d’une devise-pivot occidentale. Payer un fournisseur régional dans sa propre monnaie nationale n’est plus un vœu pieux, c’est une infrastructure fonctionnelle.

Une nouvelle géopolitique financière

La dédollarisation en Afrique s’inscrit dans la recomposition globale portée par les BRICS et l’essor du multilatéralisme financier. En reprenant le contrôle de leurs canaux de paiement et en favorisant l’utilisation du yuan comme des devises régionales, les nations africaines réduisent leurs coûts de transaction, protègent leur stabilité macroéconomique et bâtissent un modèle de développement enfin endogène.

Le message envoyé aux marchés financiers mondiaux est limpide : le monopole du dollar appartient au passé, et l’Afrique a choisi la voie de la liberté monétaire.

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