1. Durabilité écologique et passage à l’échelle industrielle
VDA/ Question : Comment garantissez-vous la durabilité écologique de l’exploitation d’Arenicola marina tout en préparant une production industrielle mondiale ?
Franck Zal, CEO – CSO d’Hemarina : La durabilité n’est pas un paramètre que nous avons ajouté à notre modèle : elle en est le principe fondateur. Dès la création d’Hemarina, j’ai fait le choix de l’aquaculture maîtrisée plutôt que du prélèvement sauvage. Notre ferme marine de Noirmoutier élève Arenicola marina en circuit contrôlé, avec une traçabilité complète depuis la reproduction jusqu’à l’extraction de la molécule M101. C’est un modèle d’intégration verticale unique dans la biotech marine.
Cette approche répond à trois impératifs : préserver les populations naturelles d’arénicoles, essentielles à l’équilibre écologique des estrans ; garantir une qualité biologique constante, indispensable pour un produit de santé ; et sécuriser une chaîne d’approvisionnement capable de soutenir une production industrielle. Le passage à l’échelle mondiale ne se fera pas par extensification, mais par densification technologique de nos sites, avec un suivi continu d’indicateurs environnementaux. Nous travaillons également à optimiser les rendements par individu, ce qui réduit mécaniquement la biomasse nécessaire.
Parce que nous maîtrisons cette ressource de bout en bout, nous pouvons envisager des marchés mondiaux sans compromis écologique.
2. Intégration hospitalière en transplantation
VDA/Question : Votre hémoglobine extracellulaire bouleverse la transplantation : quels changements majeurs faudra-t-il apporter aux protocoles hospitaliers pour l’intégrer pleinement ?
Franck Zal : M101 ne demande pas une révolution des protocoles, mais une évolution des pratiques. Sur le plan technique, son intégration est extrêmement simple : HEMO2life® s’ajoute à la solution de préservation déjà utilisée, sans modifier le geste chirurgical ni la logistique du prélèvement. C’est un avantage déterminant pour l’adoption.
Les changements se situent ailleurs. D’abord dans la temporalité : en améliorant l’oxygénation du greffon, M101 permet d’allonger les durées de conservation, ce qui reconfigure l’organisation des transplantations, l’allocation des organes, les transports longue distance et la gestion des équipes de garde. Ensuite dans le périmètre des greffons utilisables : des organes aujourd’hui écartés pour qualité marginale deviennent transplantables, ce qui impose de revoir les critères d’acceptation et les arbres décisionnels des coordinations hospitalières. Enfin, dans le domaine de la perfusion hypothermique ou normothermique ex vivo, M101 s’intègre naturellement aux machines de nouvelle génération. C’est probablement là que naîtront les protocoles les plus disruptifs, notamment en lien avec les travaux de Constança Figueiredo sur le silencing HLA appliqué à la xénotransplantation.
La véritable barrière n’est donc pas technique, mais organisationnelle et culturelle : faire évoluer les pratiques d’une communauté qui fonctionne, à juste titre, par standardisation prudente.
3. La Bretagne, leader européen de la blue biotech ?
VDA/Question : La Bretagne peut-elle devenir un leader européen de la « blue biotech », et quels leviers scientifiques ou politiques manquent encore pour y parvenir ?
Franck Zal : La Bretagne dispose déjà d’atouts scientifiques exceptionnels : une façade maritime unique, des écosystèmes de recherche de premier plan — Roscoff, Brest, Rennes, Vannes — une tradition d’excellence en biologie marine, et des entreprises qui démontrent qu’il est possible de transformer cette ressource en innovations de rupture. Hemarina en est un exemple, mais l’écosystème est bien plus large.
Trois leviers restent toutefois à renforcer. Le premier est financier : la blue biotech repose sur des cycles longs et capital-intensifs, insuffisamment couverts par le venture européen, encore très en retrait face aux fonds américains ou moyen-orientaux. Sans véhicules dédiés capables d’accompagner des entreprises sur dix à quinze ans, les meilleures pépites risquent de passer sous pavillon étranger. Le deuxième est réglementaire : l’Europe ne peut pas ambitionner le leadership en bioéconomie tout en imposant à ses innovateurs des parcours réglementaires plus longs et plus instables que ceux de la FDA. La cohérence et la prévisibilité des autorités nationales et européennes sont devenues des facteurs de compétitivité majeurs. Le troisième est politique : il faut une stratégie nationale et régionale claire pour la blue biotech, avec des infrastructures mutualisées — plateformes d’extraction, bioproduction, aquaculture de précision — et un portage politique au plus haut niveau, comparable à ce qui a été fait pour le quantique ou l’IA.
La Bretagne a la ressource, les talents et les entreprises. Il lui manque désormais des capitaux patients et une volonté politique affirmée pour transformer cet avantage naturel en leadership industriel durable.
Hemarina est finaliste du Prix du Public 2026. Vous pouvez soutenir l’entreprise en participant au vote des finalistes 2026.
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