Perchée sur le promontoire boisé du Dosso di Lavedo, la Villa del Balbianello apparaît comme un mirador suspendu entre ciel et eau. Peu de lieux en Italie concentrent avec autant d’élégance la grâce du paysage, la profondeur de l’histoire et la force d’une personnalité hors du commun : Guido Monzino, dernier maître des lieux, explorateur visionnaire et esthète obsessionnel.

Un explorateur devenu architecte de son propre mythe
Monzino, disparu en 1988, fut le premier Italien à atteindre le pôle Nord et l’un des rares à avoir foulé l’Everest. Il dirigeait ses expéditions comme des opéras : mise en scène impeccable, logistique millimétrée, panache assumé. Il en alla de même lorsqu’il acquit la villa en 1974.
À l’époque, Balbianello était une demeure romantique, un peu fatiguée, comme tant d’autres qui se mirent dans les eaux du lac. Monzino la transforma avec la rigueur d’un stratège et la sensibilité d’un esthète. Il en fit un théâtre de sa vie intérieure, un refuge après les tempêtes du monde.

Un héritage offert au FAI, trésor national italien
À sa mort, Monzino légua la villa, ses collections, sa bibliothèque, son musée d’expéditions et une partie du promontoire au FAI – Fondo per l’Ambiente Italiano. Il la dota même d’une rente destinée à assurer son entretien, exigeant que le Tricolore italien flotte toujours sur le môle, en hommage aux drapeaux qu’il avait hissés « par pur esprit d’idéalité ».
Aujourd’hui, grâce au FAI, Balbianello est l’un des sites les plus visités du nord de l’Italie, un sanctuaire où l’histoire, l’art et l’aventure dialoguent en silence.
Une villa façonnée par trois siècles d’histoire
La villa fut d’abord la retraite du cardinal milanais Angelo Durini au XVIIIᵉ siècle, puis passa entre les mains de familles engagées dans le Risorgimento italien. Elle accueillit des figures illustres : le poète Giuseppe Parini, le patriote Silvio Pellico, des érudits, des diplomates, des voyageurs.
Mais c’est Monzino qui lui donna son visage actuel :
- boiseries françaises du XVIIIᵉ siècle,
- objets d’art extra‑européens,
- collections inuit uniques au monde,
- cartes, trophées et reliques d’expéditions,
- et même des fragments de roche rapportés de l’Everest.
Chaque salle raconte une conquête, chaque vitrine un horizon.

Un jardin sculpté comme un tableau vivant
Le jardin, chef‑d’œuvre suspendu entre ciel et eau, épouse la pente abrupte du promontoire. On y chemine entre :
- des platanes taillés en candélabre,
- des lauriers et buis disciplinés,
- un chêne vert taillé en ombrelle, selon les volontés de Monzino,
- et une végétation étonnamment double : alpine au nord, méditerranéenne au sud.
La Loggia Durini, recouverte de ficus, offre l’une des plus belles vues du lac : un balcon ouvert sur deux panoramas, comme deux mondes qui se répondent.
Un lieu habité par l’esprit de son dernier maître
Dans les profondeurs du jardin, au cœur d’une ancienne glacière creusée dans la roche, reposent les cendres de Monzino. Des milliers de visiteurs passent chaque année devant ce tombeau discret, souvent sans le savoir. Mais tous, en admirant la villa, prolongent malgré eux la dernière expédition de cet homme qui voulut arracher un fragment de perfection à l’Olympe.
Balbianello n’est pas seulement une villa : c’est un récit. Celui d’un explorateur qui fit du lac de Côme son ultime sommet.







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