Publié ce 13 mai 2026, J’ai cotisé, j’y ai droit ! paraît dans un climat politique déjà électrisé par les prémices de la présidentielle de 2027. Dans cet essai vif et documenté, Bertrand Martinot démonte les illusions, les réflexes démagogiques et les impensés économiques qui, depuis plus de trente ans, empêchent la France de penser lucidement l’avenir de son système de retraite. À rebours des postures partisanes, il plaide pour un débat fondé sur la raison, la prospective et la hiérarchie des priorités, loin des emballements émotionnels et des rentes politiques.
VDA: Votre ouvrage paraît à un moment où la question des retraites reste un foyer de crispation nationale. Quelle ambition intellectuelle a guidé l’écriture de J’ai cotisé, j’y ai droit !et quel malentendu majeur souhaitiez-vous dissiper ?
Bertrand Martinot : Mon objectif était d’apporter un maximum de pédagogie, sans jamais sacrifier la rigueur. J’ai voulu reprendre les principales idées reçues qui saturent le débat public — le « déficit des retraites », la capitalisation, l’âge légal, les régimes par points, la place respective de l’État et des partenaires sociaux — et les soumettre à un véritable test de réalité. Certaines sont totalement fausses, d’autres parfaitement exactes, et beaucoup se situent dans une zone grise.
L’expression « J’ai cotisé, j’y ai droit ! » illustre parfaitement cette ambiguïté. Elle est en partie vraie : des cotisations ont été versées, souvent au prix d’un travail long et pénible, et elles ouvrent naturellement des droits. Mais elle est aussi en partie fausse : une part croissante des retraites est financée non par les cotisations, mais par l’impôt et l’endettement public. Et surtout, le lien entre cotisations versées et droits futurs s’est considérablement distendu, génération après génération, sous l’effet du vieillissement démographique.
Ce malentendu structurel oppose aujourd’hui deux perceptions irréconciliables :
- des retraités convaincus d’avoir « payé » pour un système généreux, avec des départs précoces et des pensions élevées ;
- des jeunes qui pressentent qu’ils n’en « auront pas pour leur argent ».
Tant que ce fossé n’est pas comblé, il sera impossible d’aborder la question des retraites avec lucidité.

VDA: Vous décrivez un débat saturé de démagogie et d’ignorance économique. À l’heure où la campagne de 2027 s’esquisse, pourquoi la question des retraites continue-t-elle de polariser l’opinion au point d’éclipser des enjeux structurants comme l’éducation, l’innovation ou la transformation de l’État ?
B. M. : Les retraites sont un cas d’école de notre incapacité collective à débattre sereinement des sujets économiques. Et comme ce poste représente un quart de la dépense publique, dans un contexte de finances exsangues, il sera impossible pour un candidat crédible d’éviter ce dossier. Promettre un redressement budgétaire sans toucher aux retraites n’aurait aucune crédibilité.
Les Français, d’ailleurs, ne s’y trompent pas : une majorité estime que le système actuel ne leur garantira pas un niveau de vie décent. C’est ce qui explique l’intérêt croissant — et nouveau — pour les dispositifs de capitalisation, désormais largement plébiscités.
Il faut donc espérer un débat enfin documenté, débarrassé des slogans. C’est la condition pour libérer l’espace politique nécessaire aux sujets d’avenir — éducation, innovation, transformation de l’État — aujourd’hui pris en otage par la question des retraites. Paradoxalement, régler ce problème hérité de nos erreurs passées — la retraite à 60 ans en tête — serait le meilleur moyen de tourner la page et de regarder l’avenir.
Si ce livre peut contribuer à assainir le débat, j’en serai heureux.
VDA : Depuis trente ans, la France alterne réformes inabouties et crises sociales. Quelles conditions politiques, culturelles ou institutionnelles seraient nécessaires pour sortir de cette impuissance collective et engager enfin une réforme cohérente et durable ?
B. M. : Dire que rien n’a été fait serait injuste. De Balladur (1993) à Touraine (2014), six réformes ont été menées, souvent dans la douleur, mais avec un impact massif : entre 6 et 7 points de PIB, soit environ 200 milliards d’euros par an selon l’INSEE. Sans elles, le système se serait effondré. Il faut rendre hommage à ces responsables politiques qui ont affronté une impopularité extrême.
Le problème, c’est que ces réformes ont toujours été menées dans l’urgence, sous pression, sans vision de long terme. La réforme Borne en est l’exemple parfait : tout le débat s’est focalisé sur 2030, alors que l’horizon pertinent pour piloter un système de retraite est de 20 à 30 ans.
L’enjeu des prochaines élections sera donc de proposer une réforme qui stabilise durablement le système, donne de la visibilité aux acteurs économiques et sociaux, et mette fin aux ajustements permanents. Cela passe par :

- des règles automatiques, inscrites dans la durée, sur les paramètres du système par répartition ;
- la montée en puissance d’un pilier de capitalisation obligatoire, pour diversifier les sources de financement.
À l’inverse, une réforme de court terme, bricolée pour « tenir » quelques années, serait la pire des solutions : impopulaire, inefficace, et annonciatrice d’une nouvelle crise dans le quinquennat suivant. C’est précisément ce qu’il faut éviter.







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