Dans un environnement international marqué par un retrait brutal des financements publics dédiés aux droits des femmes, la Fondation Médecins du Monde a assumé en 2025 un rôle de stabilisateur financier et stratégique. Le rapport annuel, publié cette semaine, dresse le tableau d’un secteur humanitaire sous tension, mais aussi d’une philanthropie privée qui s’affirme comme un acteur de continuité dans un paysage fragilisé.
Un choc budgétaire mondial qui rebat les cartes
L’année 2025 restera comme un tournant. Le rapport rappelle que « le démantèlement de l’USAID et les coupes massives dans l’aide publique au développement en Europe […] traduisent un agenda politique qui cible en priorité les droits des femmes ». Ce retrait simultané des États-Unis et de plusieurs pays européens a provoqué un effet domino : contraction des financements, arrêt de programmes, et risque de fermeture pour près de la moitié des organisations féministes selon ONU Femmes.
Les conséquences sont immédiates :
- accès à la contraception menacé pour des dizaines de millions de femmes,
- hausse attendue des grossesses non désirées,
- multiplication des avortements non sécurisés,
- mortalité maternelle en forte progression dans les zones de conflit.
Dans ce contexte, la Fondation Médecins du Monde se positionne comme un amortisseur, assumant une part croissante du financement de structures locales.
492 000 euros engagés : une stratégie de long terme
Avec 12 projets accompagnés, 15 associations soutenues et 492 000 euros engagés, la Fondation maintient une trajectoire stable. Loin de la logique de micro‑financements ponctuels, elle revendique une stratégie de consolidation : partenariats pluriannuels, soutien structurel, accompagnement organisationnel.
Cette approche vise à sécuriser des organisations locales dirigées par des femmes, souvent premières victimes des coupes budgétaires. Le rapport insiste sur une ligne directrice : « privilégier des financements structurants et des partenariats durables ».

Cinq axes d’intervention, un même fil rouge : la résilience
1. Santé communautaire et réduction des risques
Ikambere, Paloma, Roses d’Acier ou Silver Rose poursuivent leurs actions auprès des femmes en situation de précarité, avec un accent sur l’accès aux droits et la prévention.
2. Accès aux soins en contexte d’urgence
En Afghanistan ou à Gaza, les partenaires soutenus maintiennent des services essentiels malgré l’insécurité permanente. Le rapport évoque leur « résilience exceptionnelle ».
3. Droits sexuels et reproductifs
Dans un contexte de recul politique, les organisations comme Afia Mama (RDC) ou Causa Justa (Colombie) combinent accompagnement, plaidoyer et information.
4. Lutte contre les violences sexuelles et sexistes
Frauen Initiative (Ouganda) ou Pakadjuma Resilience (RDC) développent des dispositifs intégrés : soins, soutien psychologique, documentation des violences.
5. Recherche et débat public
La Fondation soutient la Journée Scientifique de Médecins du Monde et la revue Alternatives Humanitaires, affirmant que la transformation passe aussi par la production de savoirs.
Deux nouveaux partenariats emblématiques
Pakadjuma Resilience – RDC
Dans un quartier de Kinshasa où « le taux de natalité chez les mineures dépasse 100 naissances pour 1 000 jeunes femmes », l’association déploie cliniques mobiles, prévention et prise en charge des violences.
MARA-Med – Bassin méditerranéen
Mouvement transnational pour la justice reproductive, actif dans 15 pays. Objectifs : former 200 militantes, créer une plateforme numérique, développer une ligne d’écoute multilingue.
Une gouvernance renforcée pour une décennie charnière
Le Comité exécutif, composé de 12 membres issus de la santé publique, de l’entreprise et du secteur humanitaire, valide les budgets, sélectionne les projets et pilote le développement des ressources. La Fondation, créée en 2014 sous l’égide de la Fondation de France, a célébré en novembre ses 10 ans à la Gaîté Lyrique. Safina Virani (Frauen Initiative) y a rappelé : « Votre soutien ne finance pas simplement des programmes, il finance la possibilité. »
Philanthropie : un rôle croissant dans un monde en repli
Si la Fondation souligne que « la philanthropie privée ne remplacera pas l’engagement des États », elle reconnaît que son rôle devient central dans un contexte de désengagement public. Les dispositifs fiscaux (66 % de déduction IR, 75 % IFI, 60 % IS) renforcent l’attractivité du don, mais ne suffisent pas à compenser la contraction mondiale des financements publics.
L’année 2025 aura donc été celle d’un basculement : la philanthropie n’est plus un complément, mais un pilier de stabilité pour des organisations féministes menacées.







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