À Lyon, les intentions de vote publiées à l’approche des municipales de 2026 dessinent un tableau politique d’une grande clarté, presque déroutante tant il rompt avec les équilibres issus du scrutin de 2020. L’entrée en lice de Jean‑Michel Aulas, figure entrepreneuriale devenue acteur politique, agit comme un révélateur : celui d’une ville où les appartenances partisanes traditionnelles semblent s’effacer au profit d’une recherche de stabilité, d’efficacité et d’incarnation.
Crédité de 43 % des intentions de vote au premier tour, Aulas apparaît comme le point de convergence d’un électorat composite, allant de la droite classique aux modérés du centre, en passant par une fraction non négligeable des électeurs du Rassemblement national. Cette capacité à agréger des segments électoraux hétérogènes ne relève pas seulement de la notoriété acquise à la tête de l’Olympique Lyonnais ; elle traduit un désir plus profond, celui d’un retour à une forme de gouvernance lisible, structurée, presque gestionnaire, dans une métropole où les débats sur la transition écologique ont parfois pris le pas sur les préoccupations quotidiennes.
Face à cette dynamique, le maire sortant Grégory Doucet, crédité de 29 %, semble éprouver des difficultés à réactiver l’élan de 2020. Il conserve une avance nette chez les 18‑34 ans, signe que l’écologie politique demeure un horizon mobilisateur pour une partie de la jeunesse urbaine. Mais cette force générationnelle ne suffit pas, pour l’heure, à compenser une érosion de son socle électoral et une incapacité à élargir son audience au-delà de la gauche. La fragmentation de cet espace se manifeste d’ailleurs dans la progression d’Anaïs Belouassa‑Cherifi, mesurée à 10 %, qui capte plus de la moitié des électeurs de Nathalie Perrin‑Gilbert en 2020.
Cette percée insoumise, si elle se confirmait, ouvrirait la possibilité d’une triangulaire au second tour — configuration rare, mais révélatrice d’un paysage politique où les lignes de fracture ne se superposent plus aux clivages idéologiques classiques. Elle témoigne aussi d’un malaise plus large : celui d’une gauche lyonnaise qui peine à articuler un récit commun, tiraillée entre l’exigence écologique, la radicalité sociale et la gestion municipale.
Les autres candidatures — Georges Képénékian (7 %), Alexandre Dupalais (6 %), Nathalie Perrin‑Gilbert (3 %), Raphaëlle Mizony et Delphine Briday (1 % chacune) — semblent, à ce stade, condamnées à jouer un rôle périphérique. Leur difficulté à remobiliser leurs électorats de 2020 illustre la recomposition silencieuse qui traverse la ville : les fidélités s’effritent, les repères se déplacent, les appartenances se redéfinissent.
Les intentions de vote du second tour confirment cette tendance. Qu’il s’agisse d’un duel ou d’une triangulaire, Jean‑Michel Aulas apparaît en position de force, bénéficiant d’un report massif des électeurs de droite et d’une partie de ceux du RN. Grégory Doucet, lui, s’appuierait principalement sur les électeurs insoumis, mais cette réserve semble insuffisante pour contrebalancer la coalition qui se dessine autour de son adversaire.
Ces données ne constituent pas un verdict, mais elles révèlent une inflexion profonde : Lyon semble entrer dans un cycle politique nouveau, où l’efficacité perçue, la capacité à rassembler et la figure du « gestionnaire rassurant » prennent le pas sur les identités partisanes. La campagne qui s’ouvre dira si cette recomposition est durable ou si elle n’est qu’un moment, une photographie transitoire d’un électorat encore hésitant.
Dans tous les cas, les municipales lyonnaises de 2026 s’annoncent comme un laboratoire politique, où se joue peut‑être quelque chose de plus large : la manière dont les grandes villes françaises redéfinissent leur rapport au pouvoir, à l’écologie, et à la promesse d’un avenir urbain cohérent.






