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« Pour rebâtir la Sécu, laissez-nous faire » : le réquisitoire du Dr Patrick de Casanove

« Pour rebâtir la Sécu, laissez-nous faire » : le réquisitoire du Dr Patrick de Casanove

Médecin de famille et maire d’Ondres, le Dr Patrick de Casanove passe au crible le système de santé français dans son dernier ouvrage, Pour rebâtir la Sécu : laissez-nous faire. Nourri par son expérience de terrain et la pensée de Frédéric Bastiat, il dénonce l’asphyxie bureaucratique du monopole étatique et plaide pour une responsabilisation des acteurs. Entre liberté d’affiliation, coût réel des soins et souveraineté individuelle, entretien sans concession sur les moyens de refonder notre modèle social.

Le Dr Patrick de Casanove dénonce l'asphyxie bureaucratique de la Sécu et propose de rendre la liberté de prévoyance et le salaire complet aux Français.
Le Dr Patrick de Casanove dénonce l’asphyxie bureaucratique de la Sécu et propose de rendre la liberté de prévoyance et le salaire complet aux Français.

VDA. En collectivisant la prise en charge des soins, le système n’a-t-il pas créé un aléa moral structurel qui déresponsabilise le patient, asphyxie le praticien et masque le coût réel de la santé?

Dr Patrick de Casanove. C’est très bien résumé. Le terme « aléa moral » est fondamental. Lorsqu’une personne ou une entreprise est assurée contre un risque, elle tend à adopter un comportement plus risqué que si elle y était directement exposée, puisque le coût repose sur l’ensemble des assujettis. L’aléa moral est donc le principal moteur de la déresponsabilisation.

Cette déresponsabilisation a des conséquences considérables :

  • Elle infantilise la population et la prive de la libre affectation de ses ressources ainsi que du choix de sa prévoyance. En somme, elle empêche les Français d’accomplir leur projet de vie.
  • Elle ouvre la porte au clientélisme et au gaspillage, car celui qui dépense n’est pas celui qui paie.
  • Elle rend les citoyens dépendants de l’État et du bon vouloir des décideurs politiques.
  • Elle détourne la médecine de sa mission : l’objectif principal n’est plus de soigner les gens, mais de « sauver la Sécu », c’est-à-dire de préserver l’outil de coercition.
  • Elle fausse les échanges libres : le soin n’est plus perçu comme un service rendu à autrui, mais comme un coût pour la collectivité. Cela autorise l’État à s’immiscer dans la relation médicale pour rationner les soins sous prétexte d’économie.

Au fond, le système actuel fonctionne comme une pyramide de Ponzi : une autorité centrale, aucune trésorerie, et des sommes immédiatement redistribuées. Il exige un flux continu de nouveaux entrants (via les cotisations, impôts ou taxes) sous peine de s’effondrer. Et essayez d’en sortir…

VDA. En tant que maire d’Ondres et médecin praticien, vous subissez cette centralisation sous un double prisme. En quoi la planification étatique de la santé reproduit-elle les travers de la bureaucratisation territoriale ?

Dr Patrick de Casanove. C’est la bureaucratisation globale du pays qu’il faut dénoncer : la multiplication effrénée des normes, des règles, des lois et des strates administratives. La protection sociale n’y échappe pas.

« On compte aujourd’hui douze agences de santé en France. La machine s’alourdit sans cesse et aggrave les dysfonctionnements au lieu de les résoudre. »

Quand on écoute la classe politique, l’urgence n’est pas que les Français soient mieux soignés ou qu’ils disposent de retraites dignes, mais de « sauver la Sécurité sociale ». Pour y parvenir, ils multiplient les contraintes :

  1. Sur les professionnels de santé : empilement de règlements et prolifération des agences (Sécurité sociale, ARS, HAS…). On compte aujourd’hui douze agences de santé en France, alors qu’elles n’existaient pratiquement pas avant les années 1990.
  2. Sur les Français : hausse continue des prélèvements et des taxes, pour une prise en charge de plus en plus dégradée (déremboursements, pénuries, rationnement).

VDA. Comment contrer le dogme du « modèle social français » et convaincre qu’une libéralisation de l’assurance santé — garantissant la liberté d’affiliation — offrirait de meilleurs soins tout en baissant les coûts ?

Dr Patrick de Casanove. « Vaste programme », aurait dit le Général ! Plutôt que de perdre du temps à expliquer pourquoi ce modèle n’a jamais fonctionné, il faut présenter immédiatement ce qu’il convient de faire.

On parle beaucoup de la perte de confiance des citoyens envers une classe politique déconnectée. Mais le « dégagisme » ne suffira pas. Il faut changer de référentiel et en finir définitivement avec la « spoliation légale ». Les partis qui prétendent incarner l’alternative restent prisonniers de cette même matrice : ils ne raisonnent qu’en termes de redistribution forcée.

Pour sortir de l’impasse, il faut poser la question fondamentale : qui doit agir, l’État ou les Français ?

LE PROJET DE REFONTE DU SYSTEME

1. Restitution des ressources : verser le salaire complet

2. Impôt unique proportionnel & recentrage régalien

3. Liberté d’affiliation & concurrence des assurances

4. Compte épargne santé + Chèque assurance (filet de sécurité)

Pour redonner le pouvoir d’agir aux citoyens, il faut d’abord leur rendre leurs ressources :

  • Pour les salariés : verser le salaire complet (salaire net augmenté de l’ensemble des cotisations et prélèvements).
  • Pour les non-salariés : restituer le chiffre d’affaires diminué des seules charges nécessaires à l’exercice de l’activité.
  • Pour les retraités : verser l’intégralité des pensions.

Un impôt unique et proportionnel remplacera le maquis fiscal actuel. L’État, recentré sur ses missions régaliennes (sécurité, justice, défense), retrouvera un budget équilibré.

En matière de protection sociale, chaque Français choisira librement son assurance unique auprès de l’organisme de son choix — la Sécurité sociale pouvant être mise en concurrence avec d’autres acteurs sur la base d’un panier de soins défini.

L’assureur proposera un compte épargne santé (transmissible) pour les dépenses courantes, complété par une couverture assurantielle pour les risques majeurs. L’adhésion restera obligatoire pour éviter le phénomène de « passager clandestin », sans que l’état de santé ne puisse servir de critère de sélection. Enfin, la solidarité nationale prendra la forme d’un « chèque assurance santé » pour garantir la couverture des plus modestes.

VDA. La décision récente du gouvernement de diminuer la prise en charge des soins dentaires par la Sécurité sociale illustre-t-elle l’échec structurel du modèle?

Dr Patrick de Casanove. C’est une preuve supplémentaire que le système est à bout de souffle. Dès 1952, Antoine Pinay constatait déjà que les dépenses devenaient incontrôlables. Depuis, des dizaines de réformes se sont succédé avec le même schéma : rembourser de moins en moins et prélever de plus en plus, tout en prétendant « sauver la Sécu ».

« Les politiciens n’auront bientôt plus rien à piller. Pour éviter un effondrement, il faut redonner la main aux Français. »

Notre système politico-économique est à sec. Passer d’un système libre à un système collectivisé est aisé tant qu’il reste des richesses à confisquer. Faire le chemin inverse est infiniment plus complexe, d’autant que quatre générations ont été formatées à la déresponsabilisation.

Pour éviter un effondrement, nous devons en revenir aux fondamentaux :

  1. Que personne ne renonce à un soin pour des raisons financières.
  2. Que chacun soit soigné selon ses besoins et y contribue selon ses moyens.
  3. Que ce ne soient plus les politiciens, mais les Français eux-mêmes, qui définissent leurs besoins et leurs moyens.

Les Français doivent aujourd’hui dire fermement au pouvoir : « Vous avez fait assez de dégâts. Nous reprenons la main : pour rebâtir la Sécu, laissez-nous faire »

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