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Premiers succès ukrainiens dans leur offensive Par Guillaume Ancel

Guillaume Ancel

L’événement majeur sur le front en Ukraine est la prise de Robotyne dans la région de Zaporijia, ainsi que d’Urozhaine un peu plus à l’est. Ce sont de petites localités, mais leur importance réside dans le fait qu’elles soient situées au cœur de la digue érigée par les troupes de Poutine, cette digue destinée à empêcher les Ukrainiens de récupérer les territoires envahis.

De plus, ces localités sont situées respectivement sur l’axe qui mène à Melitopol et à Berdiansk, objectifs principaux de l’offensive ukrainienne pour atteindre la mer d’Azov au sud et disloquer le dispositif militaire russe en Ukraine occupée.

Ces succès Ukrainiens sont importants car cela veut dire qu’ils ont atteint le cœur de la digue russe et qu’ils peuvent maintenant sérieusement espérer ouvrir cette brèche indispensable pour que cette offensive soit un succès. En arrivant à conquérir ces deux points, les forces ukrainiennes ont en particulier dépassé les champs de mines les plus denses qui les empêchaient de manœuvrer jusqu’ici.

Le président Zelensky ne s’y est pas trompé, en allant visiter justement les unités militaires engagées dans la région de Zaporijia sur le sud du front le 15 août. Au lieu de faire un grand discours, inapproprié et prématuré à ce stade, le président ukrainien a passé du temps avec ces combattant(e)s pour leur apporter son soutien et montrer aussi sa confiance dans une offensive que trop d’observateurs jugent lente, voire « décevante » quand elle est simplement en cours : il ne convient pas de préjuger de son issue tant que les combats ne sont pas achevés.

Le chat tranquillement allongé au pied du président Zelensky lors d’un échange avec ses soldats est là pour nous rappeler que la confiance est de mise lorsque d’autres se battent avec une telle énergie pour les vôtres et vont y laisser de nombreuses vies.

Les armées de Poutine ne s’y sont pas trompées non plus, défendant avec tout ce qui leur reste de moyens cette digue dont ils savent que si elle était traversée, ils ne pourront pas la reconstituer.

Des réserves russes qui ont atteint leurs limites

Un point essentiel dans cette bataille qui se joue dans la région de Zaporijia est le rapport, non pas des forces, mais des réserves disponibles.

Les Ukrainiens ont engagé une à deux brigades supplémentaires (~3,000 pers /brigade) dans cette action et surtout ils ont gardé suffisamment d’unités en réserve pour exploiter la percée qu’ils cherchent à réaliser.

Du côté russe, les unités envoyées en renfort face aux Ukrainiens dans ces zones de combat intenses ne sont plus des réserves telles que positionnées initialement en troisième ligne de cette digue, mais des forces qui ont dû être retirées du reste du front, notamment des régions de Kherson et de Donetsk qui bordent celle de Zaporijia où l’action principale est donc menée. En fragilisant des parties entières du front qui sont elles-mêmes soumises à une forte pression des Ukrainiens, – comme les raids réguliers d’unités légères qui traversent le Dniepr dans les environs de Kherson –, cette manœuvre russe présente un risque certain : elle est la conséquence du déficit d’unités de réserve « disponibles » du côté russe, la corde qu’ils maintenaient jusqu’ici s’use dangereusement sous la pression d’une offensive ukrainienne conduite sans relâche depuis six semaines maintenant.

Une contre-offensive russe de pure diversion dans le nord du front

Le commandement russe a aussi réagi à cette surpression au sud en lançant depuis trois semaines maintenant une opération de contre-offensive le plus au nord possible du front. Cette contre-offensive russe, menée sans moyens suffisants pour exploiter une éventuelle percée, est clairement destinée à détourner une partie des forces ukrainiennes qui les menacent au sud dans la région de Zaporijia.

Cette opération de diversion semble avoir effectivement détourné quelques unités ukrainiennes qui sont arrivées tout au nord pour empêcher les troupes de Poutine d’avancer plus avant, notamment vers Koupiansk. En cela, cette contre-offensive russe sans moyens est un succès relatif, dans le sens qu’elle leur permet de gagner un peu de temps dans le secteur sud de Zaporijia où les Ukrainiens sont justement au point névralgique de leur effort de percement.

Une percée qui se joue au « contre la montre »

Les forces ukrainiennes sont près de percer désormais dans ce secteur de Zaporijia, mais le temps qui leur restera pour exploiter cette brèche est devenu le facteur clef de leur succès : si les Ukrainiens percent avant fin septembre, il leur restera encore tout le mois d’octobre pour engager leurs brigades en réserve destinées à submerger les armées russes. Il faut se rappeler d’ailleurs que le succès ukrainien dans la bataille de Kherson en 2022 ne s’était finalisé qu’un 11 novembre…

A contrario, les pluies d’automne enliseront ensuite les forces lourdement blindées qui prolongeraient une offensive. Aussi, si fin septembre les Ukrainiens n’avaient pas percé, il leur faudra probablement attendre une saison supplémentaire avant de pouvoir reprendre une offensive, offrant dans ce cas un répit dangereux aux Russes : ceux-ci pourraient entre-temps reconstituer une partie de leurs forces alors qu’elles sont à un niveau exceptionnellement bas actuellement.

Les prochaines semaines seront donc cruciales, un « contre la montre » particulièrement éprouvant pour ceux qui espèrent et plus encore pour ceux qui se battent. Un compte à rebours est maintenant enclenché pour cette offensive de l’Ukraine dont l’échéance est fin septembre : soyons patients avec les combattants ukrainiens qui font de leur mieux et gardons pour plus tard les explications d’un succès ou d’un échec qui n’ont pas encore eu lieu.

Guillaume Ancel est un ancien lieutenant-colonel, saint-cyrien, breveté de l’Ecole de Guerre et de l’Institut royal supérieur de défense de Bruxelles. Il a quitté l’armée de terre en 2005 pour rejoindre le monde des entreprises. Il est aussi chroniqueur radio et TV sur les sujets de sécurité et de défense.

Il a publié aux Belles Lettres, dans la collection Mémoires de guerre, des récits particulièrement réalistes sur ses opérations militaires, dont il est un des rares officiers de sa génération à avoir témoigné, suscitant de nombreux débats. Il est l’auteur du Blog Ne pas subir.

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