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Libéria : une économie sous perfusion

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« Weah a axé sa campagne de 2017 sur l’égalité des chances, une idée qui a du sens au vu de notre histoire. Mais il est loin d’avoir tenu ses engagements », explique Eddie Jarwolo, directeur exécutif de Naymote, une organisation qui promeut la bonne gouvernance. Dans son dernier rapport, l’ONG a passé au crible les promesses de campagne. Le verdict est sans appel. « Sur 292 propositions, seules 8 % ont été réalisées. Elles portent essentiellement sur les infrastructures », constate Eddie Jarwolo.

L’économie libérienne, percutée par les chocs successifs des crises sanitaires (Ebola et Covid-19) puis l’inflation liée à la guerre en Ukraine, demeure sous perfusion de l’aide humanitaire, en particulier des Etats-Unis. Depuis la fin de la deuxième guerre civile, le Congrès américain a alloué plus de 2,4 milliards de dollars (environ 2,3 milliards d’euros) d’aide pour soutenir la stabilisation et la bonne gouvernance. Près de 35 % des Libériens survivent toujours avec moins de 2,15 dollars par jour.

Le chef de l’Etat n’a pas non plus réussi à améliorer le système éducatif. Le pays affiche toujours l’un des taux de non-scolarisation les plus élevés au monde. Et les enseignants, souvent peu qualifiés, ont pâti de la réduction de leurs salaires sous l’ère Weah, contrecoup d’une politique d’austérité. « L’école libérienne n’assure pas d’avenir à nos enfants et ça n’a pas changé avec Weah », se désole Rob, à la tête d’une boutique de produits électroniques de Monrovia. Comme d’autres Libériens de la classe moyenne, il a envoyé sa fille dans une école est-africaine. Sa voix, mardi, ira à l’opposition. « Nos jeunes ne trouvent toujours pas de travail. Certaines familles galèrent même pour manger un repas par jour », justifie-t-il. Une désillusion qui ne date pas d’hier.

Dès les premières semaines de son mandat, « Mister Weah » avait clivé une partie de l’électorat en se faisant construire un lotissement dans la capitale. « La première chose qu’il a faite, c’est se faire plaisir. Ce fut le premier coup de griffe dans le contrat qui le liait aux Libériens », rapporte un ancien collaborateur qui a requis l’anonymat. Plus récemment, lors de la Coupe du monde de football au Qatar, en 2022, le président s’est absenté plus d’un mois et demi du pays pour, entre autres, suivre les matchs de son fils Timothy, titulaire de l’équipe nationale des Etats-Unis.

Pour ses détracteurs, l’ancienne star du Paris-Saint-Germain n’a jamais réussi à endosser le costume de président. « Il ne prend pas son travail de chef d’Etat au sérieux mais préfère aller danser au club Jamaica avec sa bande de proches Il est parfois plus rappeur que président », souffle un ancien ami en allusion aux quelques titres sortis par George Weah durant son mandat. Cet ancien camarade se souvient pourtant d’un homme décidé à changer son pays. « Devenu président, il s’est entouré de courtisans et a écarté ceux qui pointaient ses errements », poursuit-il.

 Un des pays les plus pauvres de la planète


Le Libéria reste un pays pauvre, avec un taux de chômage élevé (des chiffres fiables ne sont pas disponibles, mais l’estimation modélisée de l’OIT par la Banque mondiale est de 4 % pour 2020), des emplois précaires et de fortes tensions sociales. Le Libéria fait partie des cinq pays les plus pauvres du monde, avec 85 % de la population sans emploi formel et 84 % de la population vivant avec moins de 1,25 USD par jour. Selon la Banque mondiale, seulement 25 % de la population a accès à l’eau potable. Le Libéria a également l’un des taux de mortalité infantile et maternelle les plus élevés. Enfin, les combattants désarmés des conflits précédents n’ont pas encore pu s’intégrer pleinement dans la société civile et pourraient être tentés de former ou de rejoindre des milices régionales. Selon la Banque mondiale, en raison de la pandémie, la population vivant en dessous du seuil de pauvreté national est passée de 55,5 % en 2019 à 68,9 %, ce qui signifie que 526 000 Libériens supplémentaires risquent de tomber dans la pauvreté.

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