Une métaphore douteuse du vice-Premier ministre Antonio Tajani sur la longueur des jupes a déclenché une tempête médiatique de Rome à Bruxelles. Derrière le vaudeville politique, cette séquence révèle un machisme d’État persistant dans une Italie dirigée, paradoxalement, par sa première femme Chef du gouvernement.
C’est une séquence politique aux allures de farce rétrograde, mais dont le sous-texte en dit long sur l’état du débat public au-delà des Alpes. Alors que le gouvernement de Giorgia Meloni tente de faire entendre sa voix sur la scène européenne, les ténors de la majorité transalpine s’illustrent par une série de dérapages sexistes d’un autre âge, relançant la guerre des codes vestimentaires au Palais Madama, le Sénat italien.
L’étincelle est venue d’Antonio Tajani lui-même. Le chef de la diplomatie italienne et vice-Premier ministre s’est aventuré dans une métaphore matrimoniale pour commenter la solidité des alliances politiques. Selon lui, choisir une partenaire exige de la retenue : la stabilité s’obtiendrait plutôt auprès d’une femme « moins jolie » et portant une « jupe longue », plutôt qu’avec une figure plus avenante en tenue courte avec laquelle « on ne récolte que quelques cornettos ».
La surenchère du grotesque
Dans une classe politique romaine coutumière de la provocation, il n’en fallait pas plus pour déclencher une surenchère verbale. L’ancien général Roberto Vannacci, désormais député européen, s’est empressé d’ajouter sa touche de vulgarité en déclarant publiquement préférer les femmes « sans jupe du tout ».
La réaction de l’opposition ne s’est pas fait attendre. En signe de protestation contre ce paternalisme d’État, plusieurs sénatrices du Parti démocrate (PD) ont posé dans les couloirs du Sénat vêtues de jupes courtes, dénonçant la tutelle morale que certains dirigeants prétendent exercer sur le corps et le vestiaire des femmes.
Le paradoxe de l’ère Meloni
Ce théâtre de boulevard politique met en lumière un paradoxe frappant. L’Italie est certes gouvernée pour la première fois de son histoire par une femme, Giorgia Meloni. Mais l’accession d’une figure féminine au sommet de l’État n’a pas suffi à balayer un machisme structurel profondément ancré dans les états-majors politiques, majoritairement masculins et conservateurs.
Pour la presse internationale, à commencer par le magazine britannique The Economist, cette obsession autour de la longueur des jupes (hemline battles) agit comme un paravent commode. En se focalisant sur des querelles de vestiaire, la classe politique italienne esquive les vrais sujets de fond : un taux d’emploi féminin parmi les plus bas d’Europe (à peine 53 %), des disparités salariales béantes et un retard considérable dans la prise en charge de la petite enfance.
Un frein à la crédibilité internationale
À Bruxelles comme dans les chancelleries occidentales, ces sorties à répétition ternissent l’image de la diplomatie italienne. Alors que Rome cherche à s’imposer comme un partenaire crédible sur les grands dossiers géopolitiques et budgétaires, l’incapacité de ses plus hauts responsables à dépasser les stéréotypes de genre ringardise l’action du gouvernement.
En réduisant le débat public à des considérations vestimentaires et graveleuses, la majorité italienne s’enferme dans une provocation permanente. Un jeu politique risqué qui traduit surtout la persistance d’une culture patriarcale que même l’arrivée d’une femme à Palazzo Chigi n’est pas encore parvenue à moderniser.






