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Division ethnique en Afrique : les frontières coloniales sont‑elles condamnées ?

Division ethnique en Afrique : les frontières coloniales sont‑elles condamnées ?

Les frontières africaines, tracées à Berlin en 1885, continuent de projeter leur ombre sur un continent dont les peuples n’ont jamais été consultés. Elles découpent, séparent, fragmentent. Elles ont figé des lignes qui ne correspondent ni aux réalités humaines, ni aux dynamiques historiques. Et pourtant, ces frontières tiennent encore. Mais pour combien de temps ?

Car derrière la carte politique, il y a les nations vivantes. Les Fang, peuple d’Afrique centrale, en sont l’illustration éclatante. Leur histoire, leur organisation sociale, leur mobilité, leur résistance culturelle montrent à quel point les frontières coloniales sont des artefacts fragiles, contestés, parfois ignorés.

Dans le document, on lit que les Fang sont présents en Guinée équatoriale, au Gabon, au Cameroun, au Congo et à São Tomé-et-Principe, formant une aire humaine qui traverse plusieurs États :

« Les Fang […] sont un peuple que l’on trouve aujourd’hui en Afrique centrale […] en Guinée équatoriale, au Gabon […] au sud du Cameroun, au nord-ouest du Congo et à Sao Tomé-et-Principe. »

Cette simple phrase suffit à montrer l’absurdité des frontières coloniales : un même peuple, une même langue, une même cosmogonie, dispersés par des lignes tracées sans logique humaine.

Plus encore, les Fang ont dû lutter pour préserver leur nom, leur identité, leur dignité. Les colons les avaient baptisés « Pahouins », un terme péjoratif, étranger à leur langue. Le document rappelle :

« Les Fang anciens ont très rapidement contesté ce mot non fang “Pahouin” […] et demandèrent de les appeler par leur véritable nom Fang. »

Cette résistance linguistique est une résistance politique. Elle dit : nous ne sommes pas ce que vous avez écrit sur vos cartes. Elle dit : nos identités ne se plient pas à vos frontières.

Les Fang ne sont pas un « groupe ethnique » parmi d’autres : ils sont une nation, structurée en tribus, en clans, en lignées, avec une organisation sociale complexe et une mythologie puissante. Le document précise :

« Le peuple fang est composé de tribus et de clans […] désignés par le terme “ayong”. »

Cette structuration dépasse largement les frontières coloniales. Elle les traverse. Elle les contredit. Elle les relativise.

Alors, la division ethnique en Afrique détruira‑t‑elle les frontières coloniales ?

La réponse est plus subtile : les peuples comme les Fang ne détruisent pas les frontières — ils les rendent obsolètes.

Ils montrent que les frontières coloniales ne sont pas des réalités humaines, mais des conventions administratives. Ils prouvent que les identités africaines sont plus anciennes, plus profondes, plus vastes que les États modernes. Ils rappellent que les nations africaines ne sont pas nées dans les capitales, mais dans les mythes, les migrations, les lignages, les récits fondateurs comme le Mvet, cette épopée qui raconte la marche des ancêtres :

« Le Mvet […] est une mythologie qui explique le cosmos et règle les rapports entre vivants, entre vivants et morts et entre l’homme et Dieu. »

Un peuple qui porte une cosmogonie n’a pas besoin de frontières pour exister.

Les divisions ethniques ne détruiront pas les frontières coloniales. Elles feront mieux : elles les rendront secondaires.

Les États africains continueront d’exister, mais leurs frontières deviendront des lignes administratives, non des lignes identitaires. Les peuples, eux, continueront de circuler, de se reconnaître, de se raconter. Les Fang, comme tant d’autres, continueront d’être une nation transfrontalière, une nation vivante, une nation qui déborde les cartes.

La véritable question n’est donc pas : les frontières coloniales vont‑elles tomber ? Mais : quand reconnaîtra‑t‑on enfin que les peuples africains n’ont jamais été contenus par elles ?

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