Ancien directeur d’école devenu directeur général de l’institution capitale, cet artiste et gestionnaire originaire du Nord de l’Ontario prône une francophonie de l’action, de la transmission et de l’ouverture.

VDA / De la direction d’école à la Maison de la francophonie, vous vous définissez avant tout comme un « agent culturel ». En quoi votre expérience de 30 ans dans l’éducation en milieu minoritaire façonne-t-elle votre manière de diriger cette institution à Ottawa ?
Après 30 ans dans le milieu de l’éducation francophone en contexte minoritaire, j’ai appris une chose essentielle : la francophonie ne se maintient pas uniquement par des structures ou des institutions. Elle se vit, elle se transmet et surtout, elle doit donner envie d’y appartenir, à chaque jour.
Mon passage de la direction d’école à la direction générale de la Maison de la francophonie d’Ottawa s’inscrit donc dans une certaine continuité. Dans les deux cas, il s’agit de rassembler, de créer des espaces où les gens peuvent apprendre, s’exprimer, créer et se reconnaître.
Je me définis comme un agent culturel parce que je crois profondément au rôle de la culture comme moteur de développement communautaire. Mon expérience en éducation m’a également appris l’importance de l’écoute, de la collaboration et de la capacité de mobiliser des personnes autour d’une vision commune.
À la Maison de la francophonie d’Ottawa, je souhaite justement créer des ponts entre les générations, entre les disciplines artistiques, entre les organismes et, surtout, entre la communauté et ses institutions. Une institution culturelle doit être un lieu ouvert, vivant et accessible, où chacun peut trouver sa place et contribuer à faire vivre la francophonie plurielle.
VDA / Dramaturge, musicien et artiste visuel : comment cette sensibilité artistique nourrit-elle concrètement votre vision stratégique de gestionnaire pour offrir des expériences authentiques à la communauté ?
L’art m’a appris à regarder autrement. Il m’a appris à écouter, à observer, à prendre des risques et à accepter qu’il puisse y avoir plusieurs façons de raconter une même histoire.
Comme gestionnaire, cette sensibilité influence nécessairement ma façon de réfléchir. Je ne vois pas la programmation culturelle comme une simple succession d’activités. Je la vois comme une expérience que nous proposons à une communauté.
Une bonne stratégie culturelle doit donc partir des gens : de leurs besoins, de leurs aspirations, de leurs histoires et de leur désir de se retrouver. Nous devons également laisser de la place à la création, à l’expérimentation et aux nouvelles voix.
Je crois beaucoup à l’authenticité. Une activité culturelle prend tout son sens lorsqu’elle crée une rencontre véritable entre les artistes et le public, lorsqu’elle suscite une émotion, une réflexion ou simplement le plaisir d’être ensemble en français.
Mon rôle de gestionnaire est donc de créer les conditions permettant à cette magie d’opérer : une programmation pertinente, des partenariats solides, une gestion rigoureuse et un environnement dans lequel les artistes comme les citoyen.ne.s peuvent se sentir chez elles et chez eux.
VDA / Fier francophone du Nord de l’Ontario œuvrant aujourd’hui dans la capitale, quel rôle clé doit jouer la Maison de la francophonie pour faire rayonner la culture francophone ontarienne face aux défis actuels ?
Je viens du Nord de l’Ontario, une région où la francophonie a toujours dû faire preuve de résilience, de créativité et de solidarité. Cette expérience continue de nourrir ma vision aujourd’hui.
À Ottawa, la Maison de la francophonie a une responsabilité importante : être à la fois un lieu de rassemblement pour la communauté et une véritable vitrine de la richesse de la culture franco-ontarienne.
Notre francophonie est plurielle. Elle est composée de personnes qui sont ici depuis plusieurs générations, de personnes nouvellement arrivées issues de l’immigration, de jeunes, de familles, d’artistes, d’entrepreneurs et de personnes provenant de différentes régions du monde. Cette diversité est une force.
Dans un contexte où les communautés francophones en situation minoritaire doivent constamment défendre leur espace et leur capacité d’agir, la culture devient un outil essentiel d’affirmation et de rassemblement.
La Maison doit donc être un lieu où la culture francophone est non seulement protégée, mais surtout créée, célébrée et projetée vers l’avenir. Nous devons donner une place importante aux artistes d’ici, faire découvrir nos talents, accueillir les nouvelles expressions culturelles et créer des occasions de rencontre.
Mon ambition est que la Maison de la francophonie d’Ottawa soit un véritable carrefour : un endroit où l’on vient pour voir un spectacle, assister à une exposition, participer à une activité, rencontrer des gens, mais aussi un lieu qui nous rappelle pourquoi il est important de vivre et de créer en français.
La meilleure façon de faire rayonner notre francophonie, c’est de la rendre vivante. Et une culture vivante est une culture qui ose créer, qui accueille et qui se renouvelle constamment.





