L’innovation financière n’a de sens que lorsqu’elle élargit l’accès aux marchés, renforce la liquidité et préserve la continuité opérationnelle. C’est précisément l’ambition du Projet Pythagore, qui vise à moderniser les infrastructures de marché tout en garantissant une inclusion totale des acteurs, qu’ils soient natifs ou non des technologies DLT. À l’heure où les marchés de capitaux évoluent sous l’effet de la tokenisation, de l’IA et des nouvelles architectures de règlement‑livraison, ce projet apporte une réponse concrète à un enjeu central : comment innover sans fracturer l’écosystème financier.
Dans un nouvel épisode de la série vidéo Q&A menée avec Euroclear, Elie Lewi, Directeur général adjoint de la Stabilité financière et des Opérations à la Banque de France, et Manoelle Lefevre, Directrice du Développement Commercial Régional chez Euroclear, abordent deux questions décisives pour l’adoption par le marché. Ces questions ne sont pas techniques : elles sont structurelles, car elles conditionnent la capacité des émetteurs et des investisseurs à évoluer dans un environnement hybride où coexistent infrastructures traditionnelles et réseaux DLT.
La première interrogation concerne l’éligibilité des titres émis sur technologie DLT aux opérations de politique monétaire de la Banque centrale européenne. Cette question est essentielle, car l’accès aux opérations de refinancement constitue un pilier de la liquidité bancaire. Si les titres DLT sont éligibles, ils deviennent immédiatement intégrés dans les mécanismes de marché existants. Si ce n’est pas le cas, ils restent cantonnés à un segment isolé, ce qui freine leur adoption. Le Projet Pythagore apporte ici une clarification stratégique : l’innovation doit rester compatible avec les exigences prudentielles et opérationnelles des banques centrales.
La seconde question touche à l’interopérabilité. Comment garantir qu’un émetteur utilisant une infrastructure DLT pourra toujours atteindre les investisseurs situés en dehors de ces réseaux ? Cette problématique dépasse la technologie : elle concerne la continuité de marché, la profondeur de la liquidité et la capacité des acteurs à opérer dans un environnement multi‑plateformes. Le Projet Pythagore propose une architecture qui permet aux titres DLT d’être accessibles via les canaux traditionnels, assurant ainsi un accès universel et évitant la fragmentation des marchés.
Les analyses croisées d’Elie Lewi et de Manoelle Lefevre montrent comment le cadre réglementaire européen, les expérimentations DLT et les infrastructures de marché convergent pour accompagner la modernisation des marchés de capitaux. Elles soulignent également que l’innovation ne peut réussir que si elle reste inclusive, interopérable et compatible avec les exigences de stabilité financière. Le Projet Pythagore s’inscrit dans cette logique : moderniser sans exclure, transformer sans fragmenter, accélérer sans compromettre la confiance.
À l’heure où la tokenisation des actifs, les smart contracts et les réseaux DLT redéfinissent les modèles de règlement‑livraison, Pythagore apporte une réponse équilibrée. Il permet d’explorer les nouveaux usages tout en préservant les fondamentaux : la liquidité, l’accès universel, la continuité opérationnelle et la sécurité juridique. C’est cette combinaison — innovation et stabilité — qui permettra aux marchés de capitaux européens de rester compétitifs dans la décennie à venir.






