Sur les rives scintillantes du lac de Côme, la Villa Carlotta se dresse comme un théâtre où trois siècles d’histoire, d’art et de botanique jouent encore à ciel ouvert. Érigée à la fin du XVIIᵉ siècle par les marquis Clerici, la demeure n’était alors qu’un symbole de prestige lombard. Il fallut attendre l’arrivée de Giovanni Battista Sommariva, homme d’État visionnaire et collectionneur passionné, pour que la villa devienne un véritable écrin artistique. Sous son impulsion, les salles se peuplèrent de Canova, de Thorvaldsen, de Hayez : un musée avant l’heure, ouvert sur l’Europe cultivée.

Puis vint l’époque romantique. En 1843, la princesse Marianne de Prusse offrit la villa à sa fille Carlotta pour son mariage avec le duc Georges II de Saxe‑Meiningen. Le couple transforma le domaine, redessinant les intérieurs, enrichissant le parc, donnant à l’ensemble cette élégance cosmopolite qui séduit encore les voyageurs.
Car c’est bien le jardin qui, aujourd’hui, ensorcelle le visiteur. Douze hectares de terrasses, de perspectives et de sentiers qui grimpent vers la colline, mêlant rigueur italienne et poésie anglaise. Azalées, rhododendrons, camélias, fougères arborescentes et bambous composent un tableau vivant, vibrant au rythme du climat doux du lac. Au printemps, la floraison transforme la villa en un nuage de couleurs, un spectacle que les habitués attendent comme un rituel.

À l’intérieur, les chefs‑d’œuvre veillent. Le Dernier baiser de Roméo à Juliette de Hayez, les sculptures de Canova, les frises de Thorvaldsen racontent une Europe artistique en mouvement, où les cours royales, les salons et les ateliers dialoguaient sans frontières.
En 2026, la Villa Carlotta célébrera le bicentenaire du duc Georges II, figure essentielle de son histoire. Une grande exposition retracera l’âge d’or international du domaine, lorsque la villa servait de pont entre l’Italie et les grandes dynasties européennes.

Aujourd’hui encore, la Villa Carlotta demeure un lieu rare : un refuge où l’art, la nature et l’histoire se répondent avec une grâce intacte. Un voyage dans le temps, au bord d’un lac qui n’a jamais cessé d’inspirer les âmes sensibles.






