Avec Assec et Mat, Franck Léonetti signe un roman policier d’une intensité rare, où le suspense se mêle à la profondeur humaine pour composer un récit qui dépasse largement les codes du thriller psychologique. Tout part d’un geste d’indignation de Pascaline, geste infime mais suffisant pour fissurer l’équilibre fragile d’un village rural, dépositaire de secrets de famille et de drames enfouis depuis plus de soixante-dix ans. En sollicitant l’aide de Grégory, son ami d’enfance, elle rouvre un territoire de silences et de blessures anciennes que l’on croyait à jamais ensevelis. Sous la surface immobile du lac — ce lac où tout s’est joué — remontent la violence, la peur et la mort. L’enquête progresse alors comme une partie d’échecs, chaque coup révélant une vérité plus sombre que la précédente, jusqu’au mat final, inéluctable. Ce roman de suspense, nourri de mystère et de tension, explore avec une finesse remarquable la manière dont un village peut devenir le théâtre d’une mémoire collective que nul ne veut affronter.
Ce qui distingue profondément Franck Léonetti dans la littérature française contemporaine, c’est cette attention rare qu’il porte aux êtres « tournés vers les autres », à ceux qui, par instinct ou par vocation, se mettent au service d’autrui. Cette disposition intérieure, que l’auteur revendique comme l’un des fondements de son travail, irrigue chacun de ses récits. Elle confère à ses personnages une densité morale qui dépasse les cadres du simple drame familial pour atteindre une dimension plus humaine, presque fraternelle. Léonetti ne se contente pas de construire une intrigue : il offre une respiration, une parenthèse où l’on retrouve la force des liens, la fragilité des vies ordinaires et la puissance des émotions enfouies. Assec et Mat prolonge cette démarche avec une maîtrise remarquable, mêlant mystère rural, enquête psychologique, violence sourde et mémoire collective. Chez lui, la littérature éclaire ce que les hommes tentent parfois d’ensevelir, et l’enquête devient un moyen de sonder les âmes. C’est là, sans doute, ce qui donne à ce roman sa force singulière : l’impression que, derrière le crime, derrière l’ombre et le silence, se joue quelque chose d’essentiel — une vérité humaine que seul un écrivain attentif aux autres pouvait révéler.






