La question choque, amuse ou irrite. Elle semble relever de la provocation plus que de l’analyse. Pourtant, derrière cette formule volontairement dérangeante se cache un débat réel, qui traverse aujourd’hui les milieux intellectuels, militants et universitaires : le féminisme peut‑il encore se penser uniquement à partir de l’expérience des femmes, ou doit‑il intégrer, de manière plus centrale, les hommes et leur rapport à la masculinité ?
Autrement dit : la transformation des comportements masculins — et donc la manière dont les hommes vivent leur corps, leur sexualité, leur pouvoir symbolique — est‑elle devenue une condition du progrès féministe ?
Depuis plusieurs années, les sciences sociales montrent que les inégalités de genre ne se maintiennent pas seulement par des structures économiques ou politiques, mais aussi par des normes de virilité profondément ancrées. La domination masculine ne repose pas uniquement sur des institutions : elle s’inscrit dans les corps, dans les gestes, dans les représentations. Le pénis, en tant qu’organe, n’est évidemment pas en cause. Ce qui l’est, c’est ce qu’il symbolise : une certaine idée de la puissance, de la conquête, de la disponibilité sexuelle, de la légitimité à occuper l’espace public.
C’est cette symbolique que certains chercheurs invitent à déconstruire. Ils affirment que le féminisme ne peut progresser sans une réflexion sur la manière dont les hommes apprennent à habiter leur corps, à exercer leur désir, à se situer dans la relation. D’où la question, volontairement provocatrice : et si l’avenir du féminisme dépendait aussi de la manière dont les hommes repensent leur propre sexualité ?
Car la révolution féministe a produit un paradoxe. Elle a profondément transformé la vie des femmes — leur autonomie, leur rapport au travail, leur liberté sexuelle — mais elle a laissé en suspens une question essentielle : qu’attend‑on des hommes ? Les injonctions contradictoires se multiplient : être sensibles mais pas fragiles, désirants mais pas dominateurs, protecteurs mais pas paternalistes. Dans ce brouillard normatif, beaucoup d’hommes oscillent entre culpabilité, incompréhension et retrait.
Or un féminisme qui ne s’adresse qu’aux femmes risque de se heurter à ses propres limites. Les violences sexuelles, les inégalités domestiques, les discriminations professionnelles ne disparaîtront pas par la seule volonté des femmes. Elles supposent une transformation profonde des comportements masculins, et donc une réflexion sur la manière dont les hommes vivent leur identité corporelle et sexuelle.
Faut‑il pour autant faire du corps masculin le centre du féminisme ? Certainement pas. Mais il serait tout aussi illusoire de penser que l’émancipation féminine peut se construire sans une transformation parallèle de la masculinité. Le féminisme n’a pas vocation à recentrer le monde sur les hommes ; il a vocation à désarmer les mécanismes qui produisent la domination, et ceux‑ci passent aussi par la manière dont les hommes apprennent à se percevoir.
La question n’est donc pas de savoir si le pénis est « l’avenir du féminisme », mais de comprendre que la déconstruction des normes masculines est devenue l’un de ses terrains essentiels. Non pour réhabiliter une centralité masculine, mais pour permettre à chacun — femmes et hommes — de sortir des carcans qui entravent la liberté.







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