L’innovation numérique redéfinit les fondations du système monétaire mondial, ouvrant la voie à des paiements plus rapides, programmables et interopérables. Mais cette transformation soulève une question centrale : comment préserver la confiance dans la monnaie à l’ère des plateformes programmables et des actifs tokenisés ? Pour la Banque des règlements internationaux, la réponse passe par une modernisation coordonnée du système financier, sans renoncer à l’ancrage institutionnel qui garantit la stabilité.
Les stablecoins illustrent le potentiel de la tokenisation, mais leurs failles structurelles — absence d’unicité, convertibilité incertaine, vulnérabilité sur les blockchains publiques — montrent qu’ils ne possèdent pas encore les propriétés essentielles de la monnaie. Une adoption massive pourrait modifier le financement bancaire, accroître la volatilité des flux de capitaux et fragiliser la souveraineté monétaire de certaines économies.
La BRI appelle donc à une action politique coordonnée autour de deux axes : corriger les faiblesses des stablecoins actuels et intégrer les innovations numériques dans le système monétaire à deux niveaux, où les banques centrales assurent l’ancrage et les banques commerciales fournissent les services au public. La tokenisation, lorsqu’elle s’appuie sur des cadres juridiques solides et une supervision rigoureuse, peut ouvrir la voie à des paiements programmables et à une intermédiation plus efficace.
Le rapport met en avant des prototypes comme Agorá, plateforme partagée réunissant huit banques centrales et plus de quarante institutions, qui démontre le potentiel des dépôts tokenisés pour améliorer les paiements transfrontaliers de gros. Un registre unifié regroupant différentes formes de monnaie tokenisée pourrait ainsi concilier innovation et stabilité, en préservant la confiance dans la monnaie tout en modernisant l’infrastructure financière mondiale.





