À la veille du sommet Choose France, Emmanuel Macron peut se targuer d’un coup d’éclat : Masayoshi Son, le patron de SoftBank, a annoncé un investissement colossal de 75 milliards d’euros dans les infrastructures d’intelligence artificielle en France, dont 45 milliards d’ici 2031. Un montant inédit en Europe, qui fera des Hauts-de-France l’un des plus grands pôles mondiaux de data centers.
Dans un entretien accordé à La Tribune Dimanche, le dirigeant japonais explique que cette décision a été prise après sa rencontre avec Emmanuel Macron à Tokyo en avril. « J’ai été très sensible à son engagement personnel pour le succès économique de la France », confie-t-il. Jusqu’ici, SoftBank concentrait ses investissements aux États-Unis et en Asie.
L’énergie, argument décisif
Pour Masayoshi Son, un facteur a pesé plus que tout : l’énergie française. « Le fait que la France soit productrice et exportatrice d’énergie est absolument décisif pour des investissements d’infrastructure dans l’intelligence artificielle », affirme-t-il. Les data centers, extrêmement gourmands en électricité, nécessitent une énergie abondante, stable et décarbonée — un domaine où la France, grâce au nucléaire, dispose d’un avantage stratégique.
Un partenariat industriel majeur
Le projet sera mené en partenariat avec Schneider Electric, géant français des automatismes industriels. Son directeur général, Olivier Blum, évoque « le plus gros projet jamais réalisé en France » dans ce secteur. La capacité installée des data centers français pourrait passer de 1,5 gigawatt à 5 gigawatts, un changement d’échelle spectaculaire. Une usine de modules préfabriqués sera construite sur le port de Dunkerque.
La France veut devenir un leader mondial de l’IA
Depuis plusieurs mois, Paris martèle son ambition : faire de la France l’un des leaders mondiaux de l’intelligence artificielle. Le sommet de Paris en février 2025 avait déjà débouché sur 109 milliards d’euros d’investissements. EDF et RTE avaient alors dévoilé des offres énergétiques spécialement conçues pour attirer les géants du numérique.
Choose France : vitrine politique dans un contexte morose
Le neuvième sommet Choose France s’ouvre dans un climat économique mondial tendu, marqué par la crise énergétique et la montée du protectionnisme. L’Élysée met en avant un chiffre : 95 % des projets annoncés depuis 2017 ont été réalisés.
Mais certains économistes appellent à la prudence. Pour Sylvain Bersinger, « les investisseurs étrangers viennent surtout en fonction du coût du travail et du contexte fiscal ». Il rappelle que l’investissement étranger reste marginal dans l’économie française, alors que l’investissement national est en berne et que les faillites d’entreprises atteignent un niveau record.
Un pari géopolitique et économique
Avec SoftBank, la France décroche l’un des plus grands projets industriels liés à l’IA jamais annoncés en Europe. Un pari audacieux, qui pourrait transformer le paysage énergétique et numérique du pays — à condition que l’économie française retrouve, elle aussi, le chemin de l’investissement.






