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Rheinmetall : la folle course de l’ogre de l’armement

Système de détection et de défense anti‑drones développé par Rheinmetall et Deutsche Telekom pour protéger les infrastructures critiques en Allemagne.

Porté par la hausse historique des budgets de défense européens et un carnet de commandes atteignant 78 milliards d’euros, le groupe allemand Rheinmetall s’est imposé comme le nouveau pilier industriel de l’armement du continent.

En se délestant méthodiquement de ses activités civiles historiques pour se concentrer sur la haute intensité et l’augmentation massive de ses capacités industrielles, le conglomérat de Düsseldorf redessine les équilibres stratégiques, parfois au détriment des coopérations historiques. Voyage au cœur de cette irrésistible mutation menée au pas de charge.

La mue radicale d’un sous-traitant en prédateur global

Il y a encore quatre ans, Rheinmetall était un équipementier hybride, aussi connu pour ses blocs-moteurs automobiles que pour ses canons de chars. Le déclenchement de la guerre en Ukraine et le virage de la Zeitenwende — le réarmement de l’Allemagne — ont tout balayé. Sous l’impulsion de son bouillant patron, Armin Papperger, le groupe a fait un choix radical : vendre ses divisions civiles pour devenir le « grand magasin mondial de l’armement ».

Cette mutation s’est traduite par une boulimie d’acquisitions. Du terrestre, son cœur de métier, l’industriel s’est étendu vers le naval en rachetant les chantiers NVL, et investit massivement les secteurs des radars satellitaires, des missiles et de la tech en s’alliant à la start-up américaine Anduril. Une expansion multi-milieu qui bouscule l’organisation traditionnelle du marché de la défense.

L’usine plutôt que la paperasse : le modèle de l’hyper-production

La véritable force de l’ogre allemand réside dans son audace industrielle. Contrairement à ses concurrents français ou britanniques, souvent suspendus aux signatures de contrats étatiques avant de lancer une chaîne, Rheinmetall investit à risques. Le groupe bâtit de gigantesques usines de munitions, comme celle d’Unterlüss en Allemagne ou de nouvelles infrastructures en Ukraine et en Bulgarie, avant même que les commandes ne soient entièrement formalisées.

Cette stratégie d’approvisionnement en flux continus impressionne : l’entreprise vise une capacité phénoménale de 1,5 million d’obus d’artillerie de 155 mm par an. C’est un volume qui dépasse à lui seul la production cumulée de l’ensemble de l’appareil industriel de défense américain sur ce segment.

Les fragilités d’un géant aux pieds d’argile ?

Cette course à l’hyper-croissance ne va pourtant pas sans quelques violentes secousses. Si le carnet de commandes est colossal, la dépendance du groupe à la vitesse d’exécution des administrations d’État commence à crisper les marchés financiers. À la suite du décalage de contrats majeurs avec la Bundeswehr — notamment le programme de blindés Boxer Arminius — et de retards de validation de munitions, Rheinmetall a dû réviser ses prévisions de chiffre d’affaires à 13,2 milliards d’euros, provoquant une violente correction de son titre en Bourse.

De plus, l’appétit de Rheinmetall interroge ses partenaires européens. En multipliant les accords bilatéraux et en privilégiant la fabrication sous licence américaine, le géant allemand fait le choix du volume immédiat plutôt que de la souveraineté technologique européenne. Une approche pragmatique qui agace à Paris, mais qui, pour l’instant, permet à Düsseldorf de dicter son tempo à l’Europe de la défense.

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