Par Patrick DELWAULLE, expert ÉNERGIE pour Résilience Rurale et Humaniste et Eric DOUMAS, Président de Résilience Rurale et Humaniste
La publication de la PPE3 par simple décret, sans consultation préalable des députés et des sénateurs, constitue un véritable scandale démocratique dans la conduite de la politique énergétique française. Une telle méthode interroge profondément la place laissée au débat parlementaire sur un sujet aussi stratégique que l’avenir de notre système électrique. Il n’est d’ailleurs pas surprenant que ce décret fasse aujourd’hui l’objet de recours devant le Conseil d’État, notamment de la part de la FED et de Vent de Colère.
Lors de la consultation publique de novembre et décembre 2024, puis de mars et avril 2025, de nombreuses institutions — dont l’Académie des sciences — avaient demandé la présentation de plusieurs scénarios d’évolution du mix énergétique, accompagnés d’une analyse économique comparative. Ces demandes n’ont manifestement pas été prises en compte : un seul scénario est proposé, sans aucune évaluation économique. La question demeure : sur quels critères la cible retenue a‑t‑elle été définie pour orienter la transition énergétique du pays ?
Cette absence de pluralité est d’autant plus problématique que la France se trouve en situation de surproduction électrique permanente. En 2025, notre pays a exporté 92 TWh et modulé 30 TWh de production nucléaire, soit 122 TWh disponibles, l’équivalent de plus de 25 % de la consommation nationale. À titre de comparaison, la Belgique a consommé 80,1 TWh cette même année. En 2024, la France a même exporté davantage d’électricité que l’ensemble de la production éolienne et photovoltaïque nationale. Les subventions versées aux promoteurs contribuent ainsi, paradoxalement, à la décarbonation des pays importateurs plutôt qu’à celle de la France.
La PPE3, comme certaines orientations européennes récentes, repose davantage sur des objectifs incantatoires que sur des propositions réalistes. L’exemple de l’interdiction des voitures thermiques en 2035 est révélateur : confrontée aux réalités industrielles, l’Union européenne a dû revoir ses ambitions. Les transformations profondes de société ne se décrètent pas ; elles se construisent progressivement. En matière automobile, il aurait été plus pertinent de fixer des objectifs de réduction des émissions de CO₂ et de laisser les constructeurs proposer des solutions, plutôt que d’imposer un modèle unique.
Dans ce contexte, il n’est pas acceptable de poursuivre le déploiement massif de parcs éoliens et photovoltaïques, dont la production intermittente ne correspond pas aux besoins réels des consommateurs, alors même que le pays est déjà en surproduction. Fin 2024, RTE‑ODRE avait identifié 53 GW de nouveaux projets, alors que 54,6 GW étaient déjà en service : un quasi‑doublement du parc. L’annonce de Roland Lescure, indiquant que les nouveaux parcs seraient installés dans les régions qui en comptent peu, confirme que l’objectif n’est plus la production d’électricité mais la distribution de subventions. Les régions les plus venteuses ont déjà été équipées en priorité ; installer ailleurs n’a plus de justification énergétique.
Subventionner des technologies émergentes peut se comprendre. Mais l’éolien et le photovoltaïque sont désormais des filières matures : leurs subventions n’ont plus lieu d’être. Il serait bien plus utile de soutenir les énergies renouvelables thermiques — géothermie, solaire thermique — créatrices d’emplois locaux qualifiés et durables, plutôt que des emplois précaires et peu qualifiés.
À cela s’ajoute une explosion annoncée de la facture d’électricité. Les 200 milliards d’euros d’investissements dans les réseaux électriques d’ici 2040 seront financés par le TURPE, l’une des principales composantes de la facture. L’impact sur le coût final pour les consommateurs sera direct. Cela ne signifie pas qu’il ne faut pas entretenir les réseaux, mais que l’ampleur des investissements doit être justifiée et maîtrisée.
Enfin, la PPE3 prévoit une baisse drastique de la consommation d’énergie primaire : de 1 510 TWh en 2023 à 1 243 TWh en 2030, puis 1 100 TWh en 2035. En 2024, la consommation était de 1 550 TWh. Il faudrait donc réduire la consommation de plus de 300 TWh en un peu plus de cinq ans, soit environ 20 %. Par quel mécanisme crédible un tel objectif pourrait-il être atteint ?
À chacun d’en juger.
Tribune rédigée à Vendôme, le 25 février 2026






