On l’oublie souvent, mais la pauvreté en France n’est pas un phénomène périphérique : elle est d’abord urbaine. Les chiffres sont sans appel. Près de 63 % des personnes pauvres vivent dans les grandes villes, là même où résident aussi les ménages les plus aisés et où les écarts de revenus atteignent leurs niveaux les plus élevés. La proximité entre richesse et précarité n’a jamais été aussi visible.
Le contraste est particulièrement marqué au cœur des métropoles. Le taux de pauvreté y atteint 21,1 %, soit deux fois plus que dans les zones périurbaines, où il s’établit à 10,7 %. Autrement dit, les centres urbains concentrent à la fois les opportunités économiques et les vulnérabilités sociales les plus fortes.
Selon les données 2021 de l’Insee, 36,3 % des personnes vivant sous le seuil de pauvreté (fixé à 60 % du niveau de vie médian) résident dans les villes centres, et 26,6 % dans leurs banlieues. Les zones périurbaines accueillent 30,7 % des ménages pauvres, tandis que les espaces ruraux isolés n’en regroupent que 6,4 %. Cette géographie de la pauvreté raconte une France où les métropoles attirent, mais ne protègent pas toujours.
Pourquoi une telle concentration dans les villes ? D’abord parce que les emplois s’y trouvent, attirant les jeunes et les ménages modestes. Ensuite parce que l’offre de logements sociaux est largement plus développée dans les grandes agglomérations, ce qui y concentre mécaniquement les populations les plus fragiles. Enfin parce que le coût de la vie urbaine — loyers, transports, services — pèse plus lourd sur les budgets déjà contraints.
Dans certains quartiers, la réalité dépasse les statistiques : les taux de pauvreté franchissent les 40 %, révélant des poches de grande détresse sociale au cœur même des territoires les plus dynamiques du pays. C’est là que se joue une partie décisive de la cohésion nationale.
La pauvreté n’est donc pas reléguée aux marges du territoire : elle s’installe au centre, dans les métropoles, dans ces lieux où se concentrent les richesses, les opportunités… et les fractures. Comprendre cette géographie, c’est reconnaître que les politiques publiques doivent désormais penser la ville comme un espace où se superposent réussite et vulnérabilité, et où l’enjeu n’est plus seulement de créer de la croissance, mais de la partager.






