Le scénario tenait jusqu’alors de la fiction prospective ou des projections cryptiques des états-majors. Il s’impose désormais au sommet de l’appareil d’État comme une priorité stratégique de premier rang. Face à la multiplication des agressions hybrides attribuées aux services secrets russes, la France bascule dans une phase d’accélération sans précédent de sa culture de défense.
Selon nos informations, confirmant des éléments révélés par Ouest-France, l’Élysée a donné le top départ d’une opération de sécurisation du territoire national d’une ampleur inédite. Au cœur du dispositif : la simulation programmée d’une rupture totale de l’alimentation électrique — un « black-out » général — orchestrée à l’échelle départementale pour éprouver la résistance du pays.
La doctrine de la vulnérabilité zéro
À la manœuvre, le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) et le ministère de l’Intérieur ont arrêté une feuille de route rigoureuse lors d’un comité restreint des préfets de zone tenu le 17 septembre dernier. La consigne donnée par la place Beauvau est limpide : cartographier sans concession le moindre flanc vulnérable de la nation.
Centrales nucléaires, nœuds ferroviaires stratégiques, câbles de télécommunication sous-marins ou usines de la Base industrielle et technologique de défense (BITD) : chaque département s’apprête à passer au crible ses infrastructures critiques.
« L’objectif n’est plus seulement de protéger les sites militaires, mais de sanctuariser les fonctions vitales de la nation contre les actions coordonnées de drones et le cyber-sabotage », confie un connaisseur du dossier.
Une mobilisation générale des territoires
Pour orchestrer ce tour de vis sécuritaire, les préfets sont sommé d’employer les grands moyens. Dans chaque territoire, l’État-major départemental de sécurité (EMDS) est remobilisé sous une configuration « temps de crise ». Autour de la table, la réunion de famille institutionnelle s’élargit : aux côtés des patrons locaux de la police, de la gendarmerie et des agents du renseignement intérieur (DGSI), siègeront désormais des directeurs académiques, des cadres des finances publiques, des opérateurs d’énergie ainsi que des responsables régionaux de la Croix-Rouge et de la Protection civile.
Cette synergie entend briser les silos administratifs pour associer directement les élus locaux, premiers maillons de la chaîne d’alerte. Un guide des bonnes pratiques, corédigé plus tôt cette année par l’Association des maires de France (AMF) et le SGDSN, sert d’ailleurs de socle méthodologique à ce réarmement civique.
L’Hérault en laboratoire du grand effondrement
Le crash-test débutera loin de la capitale. Selon nos informations, le département de l’Hérault a été désigné pour servir de zone pilote à cet exercice de rupture réseau. Coupure simulée des télécommunications, paralysie des transports, gestion des urgences hospitalières sous générateurs autonomes et maintien de l’ordre public en plein obscurantisme : le test Héraultais servira de modèle étalon avant une généralisation à l’ensemble des zones de sécurité du pays.
En exposant ainsi ses services publics à l’épreuve de l’ombre, Paris envoie un signal clair à Moscou : la France entend démontrer que sa société civile n’est plus le maillon faible de sa dissuasion.





