L’accord de cessez-le-feu signé à Versailles le 17 juin devait ouvrir une période de 60 jours de négociation, renouvelable. Ce délai devait permettre de définir les termes d’un accord plus global, à la fois nucléaire et financier. La réouverture du détroit d’Ormuz et la garantie d’une libre circulation semblaient alors acquises.
Très vite pourtant, cette libre circulation est devenue le point de cristallisation militaire du dossier — premier regard, militaire. Washington exige une liberté totale de navigation et se dit prêt à accompagner l’acceptation iranienne d’une levée des sanctions pétrolières et d’un dégel progressif des avoirs iraniens. Téhéran, de son côté, revendique en plus des droits de passage — ou de « sécurisation » — afin de garantir de nouveaux revenus à long terme. Une demande jugée politiquement et économiquement inacceptable par les États-Unis. Les Gardiens de la Révolution, convaincus d’être en position de force, ont alors décidé de frapper tout navire ne respectant pas les tracés qu’ils imposent. Ces attaques ont entraîné une riposte américaine, limitée mais puissante : plus de 90 objectifs ont été frappés en Iran. Téhéran a répliqué en bombardant des bases américaines en Jordanie, Bahreïn et au Koweït. La fin de la trêve et la reprise des bombardements semblent désormais possibles. Quelle analyse en tirer ?

Ces frappes intermittentes, initiées par les Gardiens de la Révolution, ont une conséquence majeure — deuxième regard, intérieur iranien : elles maintiennent la population dans un climat de confrontation avec les États-Unis. Ce couvercle de guerre empêche toute idée de soulèvement et renforce la mobilisation et l’image de puissance des Gardiens. Pour ces raisons internes, ils ont tout intérêt à poursuivre leurs actions extérieures. Par ailleurs, ces frappes visent aussi à accentuer la pression sur Washington afin d’obtenir plus rapidement une part plus importante des avoirs gelés. À leurs yeux, ces opérations ne présentent donc que des avantages.
Mais il ne faut pas sous-estimer la volonté américaine d’y mettre fin. La stratégie de ciblage de l’armée américaine n’a pas été suffisamment analysée. Le régime iranien n’est venu à la table des négociations qu’après la destruction d’infrastructures intérieures — ponts, voies ferrées. L’économie du pays, et donc ses décideurs politiques, ne peuvent supporter simultanément la perte des recettes pétrolières et l’effondrement du transport intérieur des marchandises.
Les Gardiens les plus radicaux doivent également tenir compte d’une réalité incontournable — troisième regard, politique. Leur radicalité ne peut qu’accentuer les fissures au sein des appareils sécuritaires et politiques. Dans une structure de plus de 150 000 hommes, il existe nécessairement des divergences : des idéologues extrémistes, tournés vers le court terme, et des modérés, même silencieux, qui pensent au long terme.
Au sein du pouvoir politique, les mêmes lignes de fracture apparaissent entre le président du Parlement, Mohammad Ghalibaf, radical, et le président de la République, Massoud Pezeskhian, plus ouvert à la négociation en tant que gestionnaire du pays.
Enfin — et surtout — la structure de la République islamique, fondée sur un guide suprême religieux, a implosé. Ali Khamenei, clé de voûte du système, a été tué le 28 février. Une déflagration dont nous n’avons pas mesuré les effets profonds. Son successeur désigné, son propre fils, est invisible, silencieux, et n’était pas présent aux funérailles. La pyramide du pouvoir n’a plus de sommet, plus de chef, plus d’arbitre. Chaque structure cherche désormais à dominer les autres, elles-mêmes traversées par des courants rivaux.
Nous observons le détroit d’Ormuz, mais en réalité, nous voyons — sans toujours le percevoir — le début de l’implosion politique de la République islamique d’Iran.





