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Le loto : ascenseur social ou piège psychologique

Ticket de loto gagnant posé sur une table, symbolisant le bouleversement social et psychologique lié à un gain exceptionnel.

Vous venez de gagner 400 millions d’euros au loto : vous faites quoi maintenant » en fait partie. Elle a l’air anodine, presque ludique, mais elle ouvre en réalité une brèche vertigineuse. Car derrière l’argent, ce n’est pas la richesse qui se joue, mais le sens.

On imagine volontiers la scène : le ticket froissé, la vérification fébrile, l’incrédulité, puis la déflagration intérieure. Quatre cents millions. Une somme qui dépasse l’entendement, qui pulvérise les repères, qui vous extrait instantanément de votre condition ordinaire. Ce n’est pas un gain, c’est un séisme. Et comme tout séisme, il révèle les failles.

La première tentation serait de répondre par l’inventaire : acheter, voyager, investir, offrir, s’offrir. Mais cette liste, si longue soit‑elle, ne dit rien de l’essentiel. Car une fois les premières ivresses dissipées, une question plus grave surgit : que devient une vie lorsque tout devient possible.

L’argent extrême n’achète pas seulement des biens ; il achète du temps, de la disponibilité, du silence, parfois même de la solitude. Il retire les contraintes, mais il retire aussi les excuses. On ne peut plus dire « je n’ai pas les moyens », « je n’ai pas le temps », « je n’ai pas le choix ». On se retrouve face à soi-même, nu, sans alibi. Et c’est peut-être là que commence la véritable épreuve.

Certains rêveraient de disparaître, de s’acheter une île, de s’enfouir dans un anonymat doré. D’autres voudraient réparer, redistribuer, soutenir, créer une fondation, devenir mécène. D’autres encore chercheraient à se réinventer : reprendre des études, écrire un livre, ouvrir un atelier, apprendre à vivre autrement. Mais tous, sans exception, seraient confrontés à la même interrogation : qu’est-ce que je veux vraiment, lorsque je ne suis plus contraint de vouloir ce que je peux.

Le fantasme du gain colossal repose sur une illusion : celle que l’argent résout tout. En réalité, il déplace les problèmes, il les amplifie parfois, il les rend visibles. Il révèle les amitiés fragiles, les loyautés douteuses, les désirs enfouis. Il oblige à choisir ce qui compte. Il impose une forme de lucidité.

Et pourtant, il serait faux de sombrer dans le moralisme facile. Gagner 400 millions d’euros, c’est aussi une chance inouïe : celle de pouvoir agir. Agir pour soi, pour les autres, pour le monde. Soutenir des causes, financer des projets, libérer des talents, transformer des vies. L’argent, lorsqu’il est bien orienté, peut devenir une force de création, presque une responsabilité.

Alors, que fait‑on maintenant ? On commence peut-être par respirer. Par ne rien faire. Par laisser retomber la poussière intérieure. Puis on apprend à apprivoiser cette nouvelle liberté, à la dompter, à la rendre féconde. On choisit ce que l’on veut amplifier, ce que l’on veut réparer, ce que l’on veut transmettre.

Car au fond, gagner 400 millions d’euros ne change pas ce que l’on est. Cela révèle ce que l’on pourrait devenir.

Et c’est peut-être cela, le vrai vertige.

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