La montée des tensions autour de l’Iran et la perturbation du trafic maritime dans le Golfe bloquent les exportations d’un sous-produit pétrolier crucial. Une pénurie d’acide sulfurique menace désormais la production d’engrais et l’extraction des métaux de la transition énergétique.

On s’inquiétait du prix du baril de brut, du gaz naturel ou du cours de l’or. Mais l’étincelle qui risque de paralyser des pans entiers de l’économie mondiale vient d’un élément d’allure insignifiante : le soufre. Alors que les tensions géopolitiques autour de l’Iran et du détroit d’Ormuz s’aggravent, les marchés mondiaux découvrent avec effroi leur dépendance extrême à ce sous-produit du raffinage pétrolier et gazier.
Sans soufre, pas d’acide sulfurique — le produit chimique le plus fabriqué au monde. Et sans acide sulfurique, deux piliers de l’économie réelle s’enrayent simultanément : l’agriculture intensive et la extraction minière.
Le Golfe Persique, épicentre de l’approvisionnement mondial
L’équation géopolitique est redoutable. Le soufre n’est pratiquement plus extrait de mines dédiées : il est récupéré lors de la désulfuration des hydrocarbures pour répondre aux normes environnementales. Les géants pétroliers du Moyen-Orient — Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Qatar et Iran — sont devenus les premiers fournisseurs mondiaux de cette matière jaune.
Le blocage stratégique des routes maritimes du Golfe et les sanctions visant le secteur énergétique iranien ont gelé des millions de tonnes de fret. En quelques semaines, le cours du soufre s’est envolé sur les marchés asiatiques et européens, entraînant dans sa sillage une hausse incontrôlée du prix de l’acide sulfurique.
Menace directe sur les récoltes et la sécurité alimentaire
Le premier secteur touché est l’agriculture. L’acide sulfurique est l’ingrédient indispensable pour transformer le phosphate brut en engrais phosphatés (superphosphate et DAP), indispensables pour maintenir les rendements des grandes cultures de blé, de maïs et de soja.
Les géants du secteur engrais en Afrique du Nord et en Amérique du Sud tirent déjà la sonnette d’alarme :
| Secteur touché | Utilisation du soufre / acide sulfurique | Conséquence de la pénurie |
| Agriculture | Attaque du roche phosphate pour fabriquer les engrais phosphatés | Chute des rendements agricoles et hausse des prix alimentaires |
| Mines de Nickel / Cobalt | Leaching (lixiviation en milieu acide) pour séparer le métal du minerai | Paralysie de la chaîne de production des batteries pour véhicules électriques |
| Mines de Cuivre | Extraction du cuivre par voie hydrométallurgique | Tension accrue sur les réseaux électriques et l’industrie lourde |
La transition énergétique prise en étau
Deuxième victime collatérale : l’industrie minière. Pour extraire le nickel et le cobalt indispensables aux batteries d’automobile, ou le cuivre nécessaire à l’électrification, les géants miniers en Indonésie, en Afrique centrale et en Amérique du Sud utilisent la lixiviation acide — un procédé gourmand en milliers de tonnes d’acide sulfurique chaque jour.
Si les chaînes d’approvisionnement en soufre ne sont pas rétablies rapidement, plusieurs sites miniers majeurs pourraient réduire leur cadence ou fermer provisoirement leurs portes. Ce nouveau choc de matières premières illustre la vulnérabilité des chaînes de valeur mondiales : un conflit au Moyen-Orient peut désormais décider du prix du pain à Paris et du coût d’une voiture électrique à Francfort.





